Donner matière à penser, par les essais comme par la fiction. C’est le fil conducteur d’ediSens, maison indépendante qui développe un catalogue consacré au journalisme, aux sciences, à l’écologie et à la photographie.
À sa tête, Charles-Henry Dubail, qui a travaillé dans la presse, notamment dans le secteur de l’environnement, avant de se tourner vers l’édition au sein de Victoire Édition. Créée en 2016 par Philippe Laurent, qui l’a présidée à ses débuts, ediSens a ensuite été reprise par Charles-Henry Dubail en 2020. La maison a récemment franchi une nouvelle étape de son développement en élargissant son périmètre éditorial.
Marie Romaine, « un certain reflet du monde »
Reprises au 1er janvier 2026 les éditions Marie Romaine permettent à ediSens d’investir le champ de la fiction. En effet, en septembre 2025 Marie-Romaine Panié avait annoncé chercher un repreneur suite à des difficultés financières.
Après avoir analysé le fonds de la maison, Charles-Henry Dubail y a reconnu une ligne éditoriale qui l’intéressait. Une manière pour lui d'aborder de grands sujets de société à travers la fiction pour toucher un plus large public.
Ainsi les éditions Marie Romaine deviennent une marque éditoriale de la maison, avec comme signature : « Un certain reflet du monde ». Elles porteront des textes de la « littérature du réel », à la frontière du roman, du récit historique et de la reconstitution. « Puisque c’est romancé d’un point de vue littéraire, c’est plus acceptable, plus facile, plus agréable », explique le directeur d’ediSens.
Aborder la fiction en gardant l’identité des maisons
La marque conserve son nom et son identité afin de rester repérable par les libraires, tout en bénéficiant d’un repositionnement graphique et éditorial. L’éditeur tient à préserver l’héritage de Marie Romaine, qui a publié 20 à 25 livres en trois ans. Toujours impliquée, celle-ci conserve un rôle de conseil éditorial : elle continue de recevoir des manuscrits et échange régulièrement avec le repreneur sur les textes susceptibles d’intégrer le catalogue.
Déployée au printemps, la marque a publié le 6 octobre Monsieur Sucre, L’aventurier du cinéma La Pagode de Pierre Collier, qui retrace l’histoire de la Pagode, salle de bal parisienne devenue cinéma d’art et d’essai sous l’impulsion d’un entrepreneur vénézuélien. Parmi les prochaines parutions, UMOJA, Du sanctuaire des femmes au tumulte des hommes de Christophe de Sagazan, attendu le 8 décembre, explore un village kényan fondé par des femmes victimes de violences. Enfin, Frank Ghery, Le Rêveur de Bilbao, de Dominique Memmi, interroge le pouvoir de la culture à travers l’histoire de l’architecte Frank Gehry.
Les ouvrages sont diffusés et distribués par Pollen, comme ceux d’ediSens. Pour l’éditeur, cette reprise permet d’aborder la fiction sans brouiller l’identité de sa maison principale.
Une collection d'essais pour vulgariser les sciences
Dans un même élan d’expansion, la maison a également sorti en septembre 2025 une collection « Essai ». Elle répond à une autre volonté : sortir d’une approche trop académique des sciences pour privilégier la vulgarisation. « J’en avais assez de faire du scientifique pur qui se lisait peu », résume l’éditeur.
Les ouvrages se veulent plus accessibles, tout en conservant des notes et des références pour les lecteurs souhaitant approfondir les sujets. La charte graphique, confiée à la graphiste Aurélie Gache, spécialiste des expositions, doit permettre aux libraires d’identifier facilement cette nouvelle offre.
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Essais d’actualité
Les premiers titres abordent des questions contemporaines parfois anxiogènes, avec la volonté de faire émerger des pistes d’action. Et si ce n’était pas le climat ? La biodiversité et le combat pour changer le monde, de Frédéric Gruet, défend l’idée que la biodiversité peut constituer une porte d’entrée plus mobilisatrice que le seul discours climatique. Serge Latouche revient, lui, sur la décroissance pour en préciser les contours à la lumière de l’actualité avec La décroissance - De l’utopie sociétale à la (re) construction d’un monde commun, sortie en décembre 2025.
Avec Du chaos à l’unité, sous-titré Et si notre inconscient collectif façonnait l’état du monde, la géopoliticienne et psychanalyste Astrid du Lot d’Allemand interroge la place des traumatismes collectifs dans les relations internationales. Un quatrième ouvrage, annoncé pour février, sera consacré aux effets des plastiques sur la santé.
Une production mesurée
La production reste volontairement limitée : quatre essais par an au maximum, avec des premiers tirages généralement compris entre 1 000 et 1 500 exemplaires. L’éditeur mise sur des ventes plus longues et régulières, caractéristiques de la non-fiction. La fabrication fait également l’objet d’une attention particulière : suppression du pelliculage et choix de papiers labellisés, quitte à supporter un coût légèrement supérieur.
La maison fonctionne avec une équipe resserrée, largement composée d’indépendants, notamment pour la communication, la correction et la mise en page. Son dirigeant fixe son plafond à douze livres par an. Avec la collection Essai et la reprise de Marie Romaine, la maison cherche désormais à consolider sa visibilité en librairie sans renoncer à sa ligne directrice : faire circuler les idées et éclairer les enjeux contemporains.
