Une journée d'Evan Gershkovich. À l'automne 2017, le grand reporter américain Evan Gershkovich, alors âgé de 26 ans, s'installe à Moscou où il exerce ses talents d'abord pour le Moscow Times puis le Wall Street Journal. Cette étoile montante du journalisme outre- Atlantique a toutes les raisons d'accepter cette prestigieuse correspondance. Ses parents, juifs soviétiques d'origine, ont quitté l'URSS quelques années avant sa naissance et ont toujours élevé leur fils dans un sentiment de double appartenance. Néanmoins, vivre dans le rêve fou de Poutine de reconstruire un empire, surtout lorsqu'on y exerce une profession honnie entre toutes, n'est guère facile. Et les choses se tendent singulièrement entre le jeune reporter et le pouvoir, surtout après l'invasion de l'Ukraine en février 2022. Et ce qui devait arriver arriva, le 30 mars 2023, en reportage dans l'Oural, à Ekaterinbourg, Gershkovich est arrêté par des hommes du sinistre FSB et accusé d'espionnage, envoyé croupir dans la terrible prison de Lefortovo. Devenu un outil géopolitique aux mains de ses bourreaux (son sort émeut toutes les rédactions et surtout toutes les chancelleries occidentales), il y restera exactement 491 jours avant d'être libéré au bénéfice d'un échange de prisonniers entre la Russie et les États-Unis.
Ce beau pays maudit, le récit de cette affaire, est l'un des livres les plus attendus de l'année. C'est peu de dire qu'il ne déçoit pas cette attente. D'abord par sa manière d'être fidèle à l'intention première de son auteur, le récit de sa captivité ; mais aussi, et peut-être surtout, par tout le reste, de l'histoire familiale de Gershkovich à la célébration des beautés paradoxales de la Russie et de son peuple qui a tant de mal à abandonner « l'Homo sovieticus »... L'auteur, du fond de son infortune, triomphe du système carcéral et policier dont il est victime, d'abord par l'humanité de son regard. Ces réprouvés qui surgissent sous sa plume sont autant de figures de résistance à un régime aveuglé par sa propre puissance. Cela fait de Ce beau pays maudit, porté par la qualité d'écriture de Gershkovich, un texte exceptionnel de ce qu'il est convenu d'appeler le journalisme narratif. En même temps qu'un témoignage puissant sur notre temps, une messe pour le temps présent.
Ce beau pays maudit. 491 jours dans les geôles de Poutine
Grasset
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Johan-Frédérik Hel-Guedj
Tirage: 6 000 ex.
Prix: 26 € ; 592 p.
ISBN: 9782246845119
