Peut-être parce qu’elle apprécie les polars, Julie Malaure aime aussi mener des enquêtes, chose somme toute normale pour une journaliste. Après avoir exploré les malversations autour de la gestion d’une fondation artistique (Vasarely, l’héritage maudit, Cherche Midi, 2025), notre collaboratrice s’attaque au grand marché de la mort, à travers une pratique qui représente aujourd’hui la moitié des décès : la crémation.
Révolution culturelle silencieuse
Pour révéler le flou caché sous la cendre, elle a interrogé les familles, les professionnels du funéraire et les gestionnaires d’équipements. On y apprend la disparité des prix en fonction des régions, les corps brûlés parfois avec d’autres, les images trompeuses du cercueil partant au feu, les résidus osseux non consumés que l’on broie pour les incorporer aux restes, les fours à gaz qui surchauffent avec une montre à quartz ou un pacemaker oublié, l’extraction des métaux issus de cadavres comme les implants collectés par une société néerlandaise qui traite 250 tonnes par an.
Mais au-delà de toutes ces révélations, c’est bien une révolution culturelle silencieuse qui est présentée. « Ce basculement civilisationnel dépasse largement la question des funérailles. Il révèle notre rapport à la religion, à la famille, au corps, à la mémoire, à l’espace et même à l’environnement. En quelques décennies, l’exception est devenue la norme. Dans son sillage, c’est tout un écosystème qui s’est constitué, avec ses codes, ses acteurs, ses innovations, ses zones d’ombre. » En fait, la seule chose qui ne crame pas, c’est la caisse.