Swiper à 50 ans. « Chercher un mec parce que ma fille quitte la maison : psychanalytiquement, ça craint. » Céline sait, comme le lecteur, que l'affaire est mal emmanchée dès le départ. Comme toute quinquagénaire du xxie siècle fraîchement célibataire, Céline, 53 ans, se retrouve confrontée au canal désormais normalisé de la drague : les applications de rencontre. Dès la première épreuve - dresser son autoportrait en dix lignes - vient « la découverte des premiers profils intéressés » : des Stéphane, des Vincent, des Laurent, aux « bajoues, poches sous les yeux, regard vide, crâne chauve ». Soit « le trombinoscope d'un EHPAD mixé avec l'annuaire professionnel des tueurs à gages ». Céline conclut : « Qui a dit que les hommes vieillissaient mieux que les femmes ? »
Sitôt les premières communications établies, l'abus de points d'exclamation devient « pathologique » - un « red flag », signal d'alerte : terrain miné. Les hommes sont tous trop ou pas assez. Du moins jusqu'à ce qu'elle réalise qu'accepter de s'inscrire sur une appli ne signifie pas forcément avoir envie de rencontrer quelqu'un. Et qu'elle est moins en train de s'affranchir que de glisser vers « le cloaque où tout le monde patauge ». Céline renonce-t-elle ? Non. Elle met les bouchées doubles. L'heure de « la pêche au chalut » - d'où le titre du livre - a sonné. Sa décision est prise : elle va racler le fond des applis jusqu'à trouver le bon.
Une diatribe contre les applications de rencontre ? Pas vraiment. Comme la Julie d'Honoré de Balzac dans La femme de trente ans, Céline observe avec une lucidité teintée de désillusion son genre, son âge, sa classe sociale, sa jeunesse perdue et les règles du jeu. Mais, à la différence de Balzac, Castillo livre un récit décapant : l'humour y fait surgir une vérité crue, et l'autodérision fait barrage à toute tentation mélancolique. De cette réflexion sur « une des pratiques les plus anciennes du monde », la drague, mise à l'épreuve de la modernité, on ne tirera qu'un seul regret : ignorer qui se cache derrière le pseudonyme de Laure Castillo, dont on sait seulement que, comme sa narratrice, elle est mi--formatrice, mi-autrice de romans et récits, et navigue entre Lyon et Paris...
La pêche au chalut
HarperCollins
Tirage: 7 000 ex.
Prix: 19,90 € ; 464 p.
ISBN: 9791033926849
