Créée en 2011, la revue Schnock souffle sa quinzième bougie cette année. Fondée par le chanteur Christophe Ernault, alias Alister, et Laurence Rémila, alors rédacteur en chef du magazine Technikart, la revue est consacrée aux figures, objets et imaginaires des décennies 1960-1970.
Son titre, emprunté à l’expression familière « vieux schnock », annonce d’emblée la tonalité du projet : mêler érudition, humour et goût assumé pour les références populaires parfois délaissées. Sur le site de son éditeur, « la revue des vieux de 27 à 87 ans » invite ses lecteurs à « faire un pas de côté » face à « l’hystérie de l’époque ». « Ni rétrograde, ni passéiste. Schnock, donc », résume sa profession de foi.
La genèse
L’idée du magazine naît à la fin des années 2000 lors de discussions entre Christophe Ernault et Laurence Rémila autour de l’état de la presse culturelle française. « On se plaignait d’une offre qui se résumait à : "Le cinéma, c’est la Nouvelle Vague, et la musique, la pop anglo-saxonne" », raconte Christophe Ernault, interrogé par Livres Hebdo. « Je trouvais injuste qu’un acteur comme Jean Yanne n’ait jamais de couverture. On s’est dit qu’il fallait faire un vrai travail journalistique sur ces figures-là. »
Grand lecteur de la presse musicale britannique, notamment Mojo, le futur fondateur imagine alors une revue « rétro mais dynamique, érudite et marrante à l’anglaise ». Après plusieurs rendez-vous infructueux avec de grands éditeurs, souvent désireux de « mettre leur patte dans le projet », Schnock finit par trouver refuge chez La Tengo, une maison indépendante alors plutôt tournée vers le « polar rock’n’roll ». « Ils nous ont dit : “On n’a pas beaucoup de moyens, mais vous faites ce que vous voulez.” C’était exactement ce qu’il nous fallait », se souvient Christophe Ernault.
Jean-Pierre Marielle ouvre le bal
Le premier numéro paraît le 25 mai 2011, avec l’acteur Jean-Pierre Marielle en couverture, cigarette à la main sur fond jaune. La maquette conçue par Héloïse Condroyer et Claire Bissara-Barbe, et le dessin réalisé par Erwann Terrier, deviennent rapidement l’une des signatures visuelles du magazine. « La photo banalisait le projet », se souvient Christophe Ernault, qui voit alors dans l’illustration une manière d’affirmer l’identité décalée de Schnock. Le format mook, alors popularisé par le succès de XXI, s’impose également comme une évidence.
D’abord semestrielle, la revue devient rapidement trimestrielle grâce à un lancement remarqué dans la presse nationale et sur les antennes de radio. Le succès commercial suit : certains numéros, comme celui consacré à Jean-Pierre Marielle, dépassent aujourd’hui les 20 000 exemplaires vendus.
Un format stable depuis 2011
Aujourd’hui, Schnock repose sur une petite équipe permanente de cinq personnes et une quinzaine de pigistes. La structure du magazine est restée relativement stable : une première partie composée de sujets courts, un dossier central occupant près de la moitié de la pagination, puis une section intitulée « Schnock chez soi », dédiée aux livres, films, disques et objets du quotidien devenus cultes. Le format, lui aussi, demeure inchangé depuis l’origine : 176 pages, malgré une hausse du prix de vente, passé de 14,50 euros à 17,50 euros.
Au fil des années, la revue a progressivement élargi son lectorat. Si elle demeure fortement attachée aux références des années 1960 et 1970, certains numéros plus transgénérationnels, comme ceux consacrés au film La Boum de Claude Pinoteau ou à OSS 117 de Michel Hazanavicius, ont permis de toucher un public plus jeune. « OSS 117, c’est déjà du pré-schnockisme », estime Christophe Ernault, particulièrement attaché à la cohérence de la ligne éditoriale. Attentif à l’évolution des tendances, notamment sur les réseaux sociaux, le fondateur ne sous-estime pas leur influence. « Certaines figures comme Françoise Sagan trouvent un tel écho aujourd’hui ! ».
« J’aimerais que dans cent ans, des historiens parcourent Schnock »
Cette évolution nourrit toutefois une réflexion plus large sur l’avenir du magazine. « J'ai quasiment fait toutes mes figures préférées », admet Christophe Ernault. « Il va falloir se renouveler. Peut-être aller vers les années 1990-2000, ou remonter encore plus loin. » Le fondateur revendique néanmoins un cadre éditorial précis, presque archivistique : « J’ai fait des études d’histoire et je crois beaucoup au corpus. Si on se disperse, ça joue contre nous. J’aimerais que dans cent ans, des historiens parcourent Schnock pour trouver des informations sur les années 1960. »
Pour célébrer ses quinze ans, la revue prépare plusieurs événements, dont une soirée à la librairie parisienne L'Écume des Pages, « l’une des rares à conserver l’intégralité des numéros publiés ». Des produits dérivés, comme des casquettes Schnock, sont également annoncés, tandis qu’une exposition consacrée aux dessins d’Erwann Terrier est à l’étude.
France Gall et Michel Berger bientôt à l'honneur
En attendant, la revue s’apprête à publier son 59e numéro, consacré à France Gall et Michel Berger. Prévu pour le 3 juin, ce mook proposera notamment deux longs entretiens avec les artistes, réalisés à l’époque par le journaliste Yves Bigot. « C’est une bonne façon de fêter les quinze ans », estime Christophe Ernault, qui voit dans ce couple une figure parfois sous-estimée de la chanson française, fidèle à la vocation de la revue : remettre en lumière des personnalités et des œuvres sorties du premier plan médiatique.
