La foire de Brive organise sa première rencontre professionnelle | Livres Hebdo

Par Anne-Laure Walter, le 08.11.2015 à 21h03 (mis à jour le 09.11.2015 à 08h00) Manifestation

La foire de Brive organise sa première rencontre professionnelle

Première matinée professionnelle organisée lors de la Foire de Brive.

Cette demi-journée qui a réuni Vincent Montagne (SNE), Marie Sellier (SGDL), Jean-Noël Tronc (Sacem), Olivier Mathiot (Price minister) et Antoine Lefébure (historien) participe de la volonté de la foire depuis six ans de muscler sa programmation. Par ailleurs, la Foire de Brive a été l'occasion de la remise de plusieurs prix littéraires.

La foire du livre de Brive a lancé sa première demi-journée professionnelle, samedi 7 novembre au matin, alors qu'une partie des invités récupérait de sa nuit à danser au Cardinal et que l'autre partie était déjà derrière sa table dans la grande halle du marché à dédicacer. Au musée Labenche, Vincent Montagne, président du Syndicat National de l'Edition, Marie Sellier, présidente de la Société des Gens de Lettres, Jean-Noël Tronc, directeur général de la Sacem et Président de France Créative, Olivier Mathiot, président directeur général de PriceMinister et Antoine Lefébure, historien des médias ont débattu devant une trentaine de participants dont des éditeurs indépendants (L'Aube, Héloïse d'Ormesson, Le passeur) et des étudiants du master édition de Limoges.

Ce plateau original notamment grâce à la présence d'un acteur du monde de la musique et du PDG de PriceMinister "figure du diable" selon le joyeux animateur du débat Jean Brousse, a permis de rappeler les piliers nécessaires à l’avenir du monde de l’édition : le soutien impératif à la lecture, l’intégration du numérique et des nouvelles méthodes qui en découlent, et la prise en compte de tous les éléments de la chaîne de l’édition dans la construction d’un nouveau modèle. La restitution de ces entretiens sera disponible dans les prochains jours sur le nouveau site de la foire.

Le livre rempart contre la barbarie

La rencontre s'est ouverte sur le thème du livre comme rempart contre la barbarie, mettant l'accent, sur l'importance de l'éducation et de la sensibilisation dès le plus jeune âge à la lecture, Vincent Montagne ayant rappelé l'opération "Petits champions de la lecture" ou le prix Clara.

Olivier Mathiot, PDG de PriceMinister, est intervenu sur la mutation des supports. "La révolution numérique n’est pas un problème sectoriel mais une transformation de toute la société, analyse-t-il. Cependant, les produits culturels ont été les premiers touchés car ils s’adressent à une tranche de la population qui a très tôt disposé d’un ordinateur et de plus il est facile de les dématérialiser". L'historien des médias Antoine Lefébure a préféré écarter les attitudes protectionnistes du milieu du livre pour inviter les éditeurs à réinvestir la relation avec leurs auteurs car "l’éditeur a une chance extraordinaire, la fidélité traditionnelle des auteurs. Mais elle a parfois besoin d’être ranimée".

Marie Sellier (SGDL) a filé la métaphore : "un couple ne se regarde pas à longueur d’années dans le blanc des yeux en se disant je t’aime. Il y a parfois des problèmes et il faut savoir en parler pour les résoudre. Pendant quatre ans, nous avons négocié pour définir les contrats à l'ère du numérique et nous sommes arrivés à des avancées notamment en matière de redditions des comptes." Elle a par ailleurs salué l’initiative des organisateurs de convier un auteur à la table des débats car elle considère" que l’auteur est rarement invité à ce genre d’échanges car pour certains il ne fait pas partie de la chaîne du livre." Cependant, éditeurs et écrivains font front commmun face à Bruxelles et ses velléités de réforme du droit d’auteur.

La culture n’est pas juste un moyen de se divertir. Jean-Noël Tronc (Sacem), qui rendra dans deux semaines au Premier ministre son étude France créative sur le poids de la culture dans l’économie, a rappelé que l’innovation était du côté des créateurs.  Quant au caractère prémonitoire de la crise du disque, Vincent Montagne apporte une nuance. "La musique comme la presse sont des contenus sécables, pointe-t-il. On peut avoir envie d’écouter un seul morceau, de lire un article tandis que l’unité éditorial d’un livre est plus complète. D’ailleurs certains pans de l’édition dont on peut morceler le contenu, comme l’encyclopédie, ont presque disparus. Ce qui est sécable est aisément dématérialisable."
 
Renouveau de la foire du Brive

Depuis six ans, sous l'influence conjuguée de son commissaire général Guillaume Delpiroux et de l'agence "Faits et Gestes" qui assure le conseil littéraire, la foire du livre de Brive change de visage. Elle s'est dotée d'un président, cette année Danièle Sallenave, qui a par exemple instauré le vendredi à 16 h une pause dans la foire de 7 minutes où chacun est invité à lire. La manifestation développe aussi en parallèle des traditionnelles séances de dédicaces sur la place du marché, des débats mais aussi des rencontres le soir au théâtre comme cette année celle d'Enki Bilal le vendredi ou de Christine Angot, le samedi.

300 auteurs étaient invités et cette année, la foire a même été inaugurée par la ministre de la culture et de la communication Fleur Pellerin, venue au contact des écrivains. Elle a pris le train du livre, vendredi matin avec les auteurs invités à la foire, déjeuné à la table de Danièle Sallenave, Noëlle Châtelet et Alain Mabanckou, donné une conférence de presse et n’a pas été prise au dépourvu quand on lui a demandé ses derniers coups de cœurs littéraires : le dernier Delphine de Vigan, Corps et âme de Frank Conroy, le roman de Yasmina Khadra et celui de Christine Angot. Elle a ensuite visité la librairie d’Uzerche La petite marchande d’histoires, avant de rentrer dans la soirée à Paris.

Outre le Prix de la langue française décerné vendredi soir à Mona Ozouf par Alain Mabanckou, cinq prix ont été remis à Brive : le Prix des lecteurs de la Ville de Brive à Jean-Luc Seigle pour Je vous écris dans le noir (Flammarion), le Grand Prix de poésie de l’Académie Mallarmé à Werner Lambersy pour son œuvre, le Prix du livre environnement Fondation Véolia à Dominique Bourg et Alain Papaux pour leur Dictionnaire de la pensée écologique (P.U.F.), le Prix Transfuge de la rentrée littéraire à Sophie Divry pour Quand le diable sortit de la salle de bain (Noir sur Blanc). Pour la première fois, la Société des gens de lettres a également proclamé ses « révélations » à Brive.
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