La foire de Bologne met le cap à l'est | Livres Hebdo

Par Claude Combet, à Bologne , le 05.04.2019 à 16h32 (mis à jour le 05.04.2019 à 17h01) Bilan

La foire de Bologne met le cap à l'est

Photo CLAUDE COMBET

La 56e Foire du livre de jeunesse de Bologne, qui s'est déroulée du 1er au 4 avril, a réaffirmé sa puissance à l'international et son côté incontournable pour les éditeurs du monde entier, avec 5% de visiteurs en plus et 20% de visiteurs étrangers.

28 946 professionnels, soit une hausse de 5% par rapport à 2018, et de 20% pour les visiteurs étrangers (qui représentent la moitié des participants à la manifestation), 1442 exposants de 80 pays: "la Foire du livre de jeunesse de Bologne, qui s’est tenue du 1er au 4 avril, confirme sa position de manifestation internationale la plus importante du secteur" annonce le communiqué de la manifestation bolognaise. Déjà partenaire de la Foire du livre de jeunesse de Shanghai et de la New York Rights Fair, la Foire du livre de jeunesse affirme sa volonté d’être présente à l’international et a annoncé un nouveau partenariat à partir de 2021 avec la foire de Moscou qui a lieu en septembre. 

Elena Pasoli, directrice de la foire du livre de jeunesse, a aussi annoncé l’ouverture de la manifestation à la BD pour la prochaine édition (qui se tiendra du 30 mars au 2 avril 2020 avec Sharjah comme invité d’honneur), pour répondre "à une importante production de bandes dessinées et de romans graphiques dans le monde entier", avec un espace dédié et une nouvelle sélection des célèbres prix BolognaRagazzi. "Un décollage de la BD" qu’ont noté So Taniuchi, responsable des droits de Bayard-Milan et Isabelle Dharty, de l’Ecole des Loisirs-Rue de Sèvres. 
 
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Pôle d’attraction

Bologne reste le rendez-vous incontournable des éditeurs pour la jeunesse. Si les éditeurs français ont un peu protesté sur le nouvel aménagement du hall 30 tout neuf et très lumineux (la foire a promis d’y remédier l’an prochain), ils restent un pôle d’attraction extrêmement fort pour les éditeurs étrangers, qui viennent y chercher une illustration qualitative à la française, des livres originaux et innovants, et "des documentaires arty. C’est intéressant: ils ne recherchent plus des séries mais bien des one-shots sortant de l’ordinaire" souligne Anne Bouteloup, responsable des droits de Gallimard Jeunesse.

"Nous sommes victimes de notre succès. Chaque année, c’est l’un des stands les plus fréquentés de la foire avec toujours plus de visites. La configuration est telle que le stand se révèle trop étroit. Nous allons l’agrandir l’an prochain" confirme Nicolas Roche, directeur du Bief. Pour la première fois, le Bief a organisé un pot le mardi 2 avril pour "fêter dix ans de succès français", avec le prix Vendredi et 13 BolognaRagazzi et 41 mentions (2009-2019). "Nous sommes le pays qui en a eu le plus depuis leur création. Nous avons voulu réunir les éditeurs français et leurs partenaires étrangers pour célébrer ça", ajoute-t-il. "Les prix ont renforcé notre position. Depuis le livre-objet de Xavier Deneux (BolognaRagazzi Toddler) jusqu’au site Bayaam (BolognaRagazzi Digital), nous avons prouvé que nous travaillons à 360 degrés et sur tous les supports", explique So Taniuchi, responsable des droits de Bayard. 

A l'Est du nouveau

Ca bouge du côté des pays de l’Est et les éditeurs français ont eu la visite d’éditeurs venant de République tchèque, Slovénie, Lettonie, Lituanie, Ukraine, Russie et Pologne. "Ils sont très créatifs. On atteint une maturité du marché et des échanges. Aussi avons-nous décidé d’aller à la foire de Varsovie" note Marion Jablonski, directrice d’Albin Michel Jeunesse. De nouveaux illustrateurs et de beaux stands: les éditeurs étaient là aussi pour vendre leurs créations. "Ce qui se passe est intéressant. Les éditeurs font à la fois un travail de redécouverte de leur patrimoine, aux références graphiques très fortes, et ils ouvrent la porte à de jeunes talents pour une création contemporaine. C’est un signe de maturité", commente-t-elle. "Les Polonais commencent à acheter. Il y a eu beaucoup de petites maisons qui ont bougé et ont influencé les autres éditeurs. Ils ont toujours flirté avec les avant-gardes: cela fait partie de leur histoire" confirme Sandrine Mini, qui dirige Syros. "Une maison comme Liels un Mazs, en Lettonie, travaille avec des illustrateurs qui font de l’animation" acquiesce Odile Josselin, directrice de Pastel.

Deux mondes se côtoient à la foire de Bologne sans se rencontrer. Les grands groupes se font toujours la guerre à coups d’enchères et les petites maisons, qui en ont besoin pour exister. "De petits éditeurs se lancent comme en Espagne, dont l’économie redémarre. Les grands groupes espagnols sont extrêmement frileux et avouent clairement rechercher du commercial" explique Anne Bouteloup. "Nos coéditeurs nous suivent sur les classiques illustrés, sur les pop-ups ou sur Ecoute les oiseaux en réalité augmentée mais ils veulent rester dans une gamme de prix raisonnable (les Anglo-Saxons ne veulent pas dépasser 20 euros). Les contraintes sont plus fortes qu'elles n'étaient" raconte Aurélie Lapautre, responsable des droits d’Albin Michel Jeunesse.
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