Fenêtre sur cour. À Los Angeles, les fantômes ne se cantonnent pas aux productions hollywoodiennes. Dans la mythologie de la ville, où se juxtaposent horreurs et merveilles, figure le Cecil Hotel. La grande bâtisse érigée au début du siècle dernier a connu son lot de spectres et tragédies. Tueurs en série, âmes vulnérables et marginaux de toutes sortes ont vécu ou péri entre ses murs, ce qui lui a valu sa place dans le palmarès des hôtels les plus hantés des États-Unis. Quand on se prend de passion pour les faits divers, difficile de passer à côté de cette histoire, qui s'étale sur plusieurs décennies. Et ce n'est pas l'autrice allemande Katie Kento qui dira le contraire. Sous sa plume, ce haut lieu du true crime devient l'hôtel Ambrosia, une enseigne fictive par laquelle Robyn, l'héroïne du roman, est totalement obsédée.
L'adolescente partage quelques points communs avec Jeff Jefferies, le protagoniste reporter de Fenêtre sur cour. Dans le film d'Alfred Hitchcock, influence assumée chez Katie Kento, Jeff Jefferies se résigne à observer la vie de ses voisins en raison d'une jambe plâtrée. Robyn, elle, souffre d'un mal de plus grande envergure : elle est atteinte du syndrome de fatigue chronique - dont les effets sont similaires au Covid long (la romancière a fait ses recherches) - qui l'oblige à se déplacer en chaise roulante dans l'appartement qu'elle partage avec sa tante... En haut d'un immeuble non adapté. Voilà longtemps que Robyn n'a pu sentir la caresse du soleil sur sa peau ou les embruns de la mer qui balaient pourtant la Cité des anges.
Qu'à cela ne tienne, elle a d'autres façons de voyager, par procuration. Années 1950 oblige, Jeff Jefferies n'avait que ses jumelles pour percer les secrets de l'immeuble d'en face. Après 2020, les détectives amateurs comme Robyn, qui pullulent sur la Toile, ont de quoi se construire un arsenal de taille : réseaux sociaux, applications, avis Google et podcasts... Hôtel Ambrosia offre un voyage trépidant dans un monde virtuel toujours plus vaste, où les points de vue s'alternent de façon peu traditionnelle- nous n'en divulguerons pas plus pour que plane le mystère...
Hôtel Ambrosia
Slalom
Traduit de l'allemand par Emmanuelle Urien
Tirage: 7 000 ex.
Prix: 20,95 € ; 496 p.
ISBN: 9782375545553
