Faire lire en Europe des auteurs européens | Livres Hebdo

Par Anne-Laure Walter, le 19.03.2019 à 17h07 (mis à jour le 19.03.2019 à 18h00) Bief

Faire lire en Europe des auteurs européens

Salle comble pour la table ronde : "Quels choix éditoriaux pour intéresser les lecteurs aux auteurs et sujets européens ?" - Photo ANNE-LAURE WALTER / LIVRES HEBDO

A l'occasion de l'invitation d'honneur de l'Europe à Livre Paris, le Bief a organisé lundi 18 et mardi 19, des rencontres professionnelles d'éditeurs européens autour de plusieurs thématiques, dont celui des choix éditoriaux pour intéresser les lecteurs aux auteurs et sujets européens.

En raison de la collision des calendrier de la foire de Londres et de Livre Paris, le Bureau international de l'édition française (Bief) a dérogé à la tradition de proposer en amont du salon, des rencontres professionnelles avec les éditeurs mis à l'honneur. Les rencontres professionnelles d'éditeurs européens se sont donc tenues lundi 18 à Livre Paris et mardi 19 mars au Centre national du livre mardi, où la journée s'est ouverte avec la question : "Quels choix éditoriaux pour intéresser les lecteurs aux auteurs et sujets européens ?", en présence de Pascal Thuot (librairie Millepages à Vincennes), invité à se joindre aux tables rondes afin d’apporter son témoignage sur la dimension européenne de sa librairie.

Vingt-deux éditeurs européens étaient invités à cette occasion – parmi lesquels onze éditeurs du programme Fellowship à Paris 2019 qui se tient jusqu'à vendredi 22 mars - des responsables de droits et agents étaient présents de sorte que la salle était bondée, nécessitant d'installer des chaises dans une pièce attenante avec un écran pour suivre les débats.

Trois points de vue européens

Pour un Bulgare comme Georgi Borissov, à la tête des éditions Fakel Express, qui édite Alexandre Soljenitsyne, Joseph Brodsky, Michel Houellebecq, Yasmina Reza ou Muriel Barbery, "la littérature dissidente russe est de culture européenne dans la dénonciation du totalitarisme". Son expérience le pousse à dire que le public bulgare apprécie "la prose qui parle des sociétés postsoviétiques comme dans les romans de Limonov ou Une exécution ordinaire de Marc Dugain", sur le sous-marin nucléaire Koursk. Il aime aussi les auteurs dont le régime communiste a empêché la publication comme Cioran ou ceux qui pointent le déclin de la société contemporaine de consommation comme les ouvrages de Michel Houellebecq.

"La réception des auteurs européens en Grèce est imprévisible et il n'y a malheureusement pas de recette pour toucher les lecteurs", pointe Konstantinos Papadopoulos, qui dirige Potamos. Face à une nouvelle tendance "nationaliste" dans les catalogue d'éditeurs grecs, à l'approche d'élections européennes et nationales, il continue à traduire des auteurs européens et prend l'exemple de trois titres aux destinées aussi variables qu'imprévisibles. Il constate qu'un roman comme Le tabac Tresniek de Robert Seethaler (édité en France par Sabine Wespieser en 2014) qui parle de Freud et de Vienne séduit le public tandis que Peur de
Dirk Kurbjuweit (publié en France par Delcourt en 2018) sur le harcèlement et la violence n'a pas du tout intéressé les lecteurs. Il a par ailleurs été très surpris de l'échec des Cahiers d'Esther de Riad Sattouf (édité en France par Allary en 2017) qui ne parle pas au public grec.

L'anglaise Isabel Wall de Viking a rappelé le peu d'attrait de l'édition britannique pour les traductions, qui ne représente que 2% de la production, concentrés dans la fiction littéraire. Mais dans ce domaine les traductions ont progressé de 20% dernièrement. " C'est bien l'un des seuls points positifs du Brexit : il pousse les lecteurs britanniques à essayer de comprendre l'Europe!" a-t-elle lancé. Pour les livres traduits, principalement du français (20%), la commercialisation est différente avec des couvertures particulières et un passage rapide en poche avec rabats "cela fait plus européen pour nos lecteurs".
 

L'édition européenne en chiffres

Chiffre d'affaires net des éditeurs par pays dans l'UE
et EEE et candidats à l'UE, 2015 (en millions d'euros).
Source FEP/FEE

Au sein de l'espace économique européen, les éditeurs ont enregistré en 2017 un chiffre d'affaires d'environ 22,2 milliards d'euros, selon les données de la Fédération européenne des éditeurs, faisant de l'édition la première industrie culturelle en Europe (Union européenne, espace économique européen avec Islande, Liechtenstein et Suède). Plus de 610 000 nouveaux titres ont été publiés sur le continent.
130 000 personnes étaient employées dans le secteur de l'édition en 2017. Si l'on prend en compte la chaîne du livre dans son ensemble (auteurs, libraires, imprimeurs, graphistes, etc.), le secteur du livre emploierait plus d'un demi-million de personnes en Europe.
 


Ce débat, qui faisait suite aux trois rencontres de la veille ("Existe-t-il une Europe des livres ?","La circulation du livre et des écrits en Europe","Éditeurs européens et libraires francophones d’Europe : quelles passerelles pour promouvoir les littératures européennes ?") s'est poursuivi avec une table ronde intitulée : "Droit d’auteur, contrat d’édition, échanges de droits et traduction : peut-on parler de pratiques unifiées en Europe ?".


 

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