- FRANCE
Mes parents, chrétiens, sont arrivés en France en 1975, un mois après le début de la guerre civile. Ils pensaient rester deux ans, et ça fait 51 ans qu’ils sont là ! Tout autant libanais que les Libanais du Liban. Mon père surtout, qui vit scotché devant sa télé, spectateur en colère qui insulte tous ceux qui passent. Il n’a plus jamais mis un pied au Liban, contrairement à ma mère, qui retourne régulièrement voir la famille, dont 80 % vit encore au pays. Je n’ai jamais eu de problème avec ma vie en France, si ce n’est qu’avec mon nez, je me suis pris quelques « sale juif » ou « sale arabe ».
- LIBAN
En 2008-2009, j’étais parti m’installer au Liban. Ça m’a sauvé la vie. J’ai compris l’histoire de mes parents. Je faisais un peu de tout, avec une curiosité insatiable, fréquentant tout le milieu culturel du pays. C’étaient de très belles années, une période bénie entre deux crises. J’ai dirigé un festival de cinéma, etc. Et puis survient la crise économique. Tout le Liban culturel souffre, les banques nous lâchent… Je n’avais plus d’argent. J’ai dû rentrer en France.
- ÉCRITURE
À l’origine, je travaillais sur des projets de courts-métrages. J’écrivais des scénarios nullissimes. J’ai fini par comprendre que le cinéma, ce n’était pas pour moi. Mon premier roman, Le nez juif, est né d’un seul jet, sur une idée : il fallait faire la paix avec le voisin israélien. Mon retour en France, je l’avais vécu comme un constat d’échec, comme mes parents. Je me suis donc lancé dans l’écriture, à corps perdu. Et c’est L’Antilope qui a accepté de me publier, tel quel. J’ai découvert qu’écrire, c’est le mode de vie qui me correspondait. Le livre suivant, Beyrouth entre parenthèses, c’était le récit de mon « voyage » en Israël, qui s’est achevé à l’aéroport Ben Gourion de Tel Aviv. Quant à Beyrouth-sur-Seine, ça a été une explosion. J’ai fait un an et demi de promo. Grâce au confort matériel que m’a apporté le succès, je peux naviguer entre Paris et Beyrouth, où je monte bénévolement des projets dans les écoles, avec des écrivains, pour que les jeunes Libanais apprennent enfin leur histoire.
- CHRONIQUES
J’ai commencé une série de chroniques dans le grand quotidien libanais francophone L’Orient-Le Jour le 2 mars 2026, juste après la nouvelle phase de la guerre au Moyen-Orient, et le bombardement de l’Iran par les États-Unis. Trois par semaine, qui racontent la vie en temps de guerre. La vie là où il n’y a plus que la mort. Je continue à en écrire, et mon éditeur, Manuel Carcassonne, directeur de Stock, a décidé d’en publier une cinquantaine en recueil, à paraître le 21 octobre. Cela devrait s’appeler Beyrouth ne meurt jamais, une expression très commune au Liban, sous-titré Vivre en temps de guerre, avec en ouverture un long texte inédit sur mon rapport à la guerre, que je suis en train d’achever. Grâce à sa formidable directrice, Rima Abdul Malak, ancienne ministre française de la Culture, tout le monde connaît L’Orient-Le jour, qui sera partenaire du festival Averroès, à Marseille, du 28 octobre au 1er novembre prochains.
- MARSEILLE
J’ai découvert cette ville à 32 ans. À un moment où j’étais en colère contre la France. Ça m’a réconcilié. J’y ai vécu six mois. J’ai même enseigné l’écriture à l’Université Saint-Charles, une expérience mitigée… À Marseille, ville historiquement métissée, il y a beaucoup de Moyen-Orientaux. Je peux parler arabe dans la rue. Quand je rentrerai en France, je viendrai sans doute y vivre.
Biographie
Une disparition mystérieuse
Mon imam est un livre double. D’un côté, Sabyl Ghoussoub poursuit, avec ce style inimitable qui a fait son succès, sur un ton « tragi-comique », le récit de ses propres aventures, entre la France et le Liban, et celles de sa famille plutôt pittoresque. Plus sérieusement, il raconte aussi le destin tragique de son pays martyr, victime d’une nouvelle guerre depuis le 7 octobre 2023. Mais à la libanaise, avec un courage et une bonne humeur permanente, qui forcent le respect. De l’autre, en panne de sujet d’écriture, il s’est lancé dans une espèce d’enquête sur l’imam Moussa Sader, haut dignitaire religieux chiite libanais né à Qom, en Iran, en 1928, devenu un des leaders du monde arabe, fondateur dans son pays d’origine de la milice Amal (« Espoir ») en 1975, le contrepoids au Hezbollah. Mais, alors qu’on lui prédisait un grand avenir, le 31 août 1978, en visite officielle dans la Libye de Khadafi, Sader se volatilise, avec ses deux compagnons. Les Libyens ont prétendu qu’il avait gagné Rome, les Italiens qu’il n’est jamais arrivé chez eux. Que s'est-il passé réellement ? Sader est-il mort (vraisemblablement : il aurait 98 ans !), ou bien file-t-il le parfait amour quelque part sur la Riviera ? On imagine quelle hypothèse séduit le plus un romancier…
