Chant de bataille. On l'appelait « Myth », diminutif de son nom de guerre Méphistophélès. Il y avait du Goethe dans le grave, du panache et de la grandiloquence dans ce personnage haut en couleur. Un baryton international, passé par les chœurs de l'Opéra de Paris, devenu soldat volontaire dans le Donbass, tombé sur le champ de bataille le 29 juin 2016. Là commence le récit ou plus précisément cette enquête, personnelle sans jamais tomber dans l'hagiographie, signée de la journaliste Elisa Mignot. Aujourd'hui productrice de podcasts, longtemps grand reporter pour le magazine Polka, à l'origine de la série Le journal d'Olga et Sasha, journal de guerre publié dans M Le Monde à partir de 2022 avant d'être édité chez Actes Sud, l'autrice avoue, à son grand dam, ne rien entendre à l'art lyrique. Un comble. Mais sa poursuite du personnage, de ce « Myth », sur six années, tient à tout autre chose. Chez Elisa Mignot, il y a une quête. Était-il un héros ? Comment un homme, au faîte d'une carrière spectaculaire en France, décide-t-il de tout quitter pour prendre les armes dans son pays d'origine ? Dans son texte, pétri de ces questions, elle raconte comment, en 2019, dans une brûlerie parisienne, elle découvre la double identité de Wassyl Slipak, chanteur et combattant, et se met à « chercher Wassyl » à travers archives, voyages et rencontres.
L'autrice remonte le temps : l'enfance à Lviv, l'éducation patriote, le chœur Dudaryk, la carrière fulgurante à Paris - commencée par une simple audition, sans même passer un concours -, puis la bascule, Maïdan, qui le fait quitter la scène lyrique pour s'engager corps et âme contre la voracité russe. Dans les poches de ce diable goethien en gilet pare-balles, en treillis et à la « mèche cosaque », il y avait un passe Navigo - « le héros prenait donc le métro », écrit Elisa Mignot. Elle montre « sa voix, sa taille, son charisme », la douleur de l'exil, les contradictions et les frustrations d'un fou de l'engagement, qu'il soit vocal ou armé.
Ce récit mêlant enquête, souvenirs, confessions de proches et scènes incarnées fait émerger une figure déchirée. Derrière les excès du personnage baroque, son goût du costume et son don pour faire trembler les murs à coup de « Slava Oukraïni » se révèle un homme brisé par sa trop grande fragilité, que, sous la plume subtile de l'autrice et comme elle, on en vient à aimer.
Ténor de guerre
Marchialy
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 20 € ; 200 p.
ISBN: 9782381340685
