K comme kidnapping. Le garçon se réveille dans un endroit inconnu. Il a été victime d'un accident, il est cloué au lit et est incapable de marcher. Droitier, il n'a plus que l'usage de son bras gauche qu'il bouge péniblement. Le protagoniste de Holy Boy de Lee Heejoo est soigné par quatre femmes qui se relaient à son chevet. Il fait des cauchemars chaque nuit. Il faut dire que la chambre qu'il occupe est particulière. Les trophées de chasse aux murs ne sont guère propices à la sérénité d'esprit. Une des soignantes suggère d'occulter les yeux du « cerf aux bois impressionnants » qui semble le fixer. Et, sans attendre sa réponse, elle couvre d'une serviette le regard de l'animal empaillé. C'est pire ! Il croit voir un prisonnier aux yeux bandés devant le peloton d'exécution... En tout cas, lui, prisonnier il l'est, ou tout comme, puisqu'il ne peut sortir de cette maison isolée. Le pont qui les relie au reste du monde est coupé. Il ne sait plus son nom, d'ailleurs, pourquoi ne lui dit-on rien ? À part qu'on l'a retrouvé au bord de la route, inconscient et en sang... Il a l'impression qu'on l'abrutit avec de puissants somnifères. Un jour, il décide de caler sous sa langue le comprimé qu'on lui administre quotidiennement pour le recracher en catimini. Récupérant lucidité et énergie, il se lève. Des bruits viennent du plancher, il découvre une trappe, il observe ces femmes au service de sa convalescence en train de déplacer ce qui a tout l'air d'un corps emballé...
Étoile montante du polar coréen, Lee Heejoo joue sur les tropes de l'horreur, se référant aux maîtres du genre - on pense à Misery de Stephen King - mais elle s'inspire également des classiques du fantastique asiatique comme ceux de Ryūnosuke Akutagawa, auteur de Rashōmon. Avant d'être un livre, Holy Boy a été initialement publié sous forme de feuilleton de webzine. D'où ce rythme au suspense tenace.
L'amnésique captif du chalet tenu par ce quatuor féminin, dont Anna l'inquiétante quadragénaire qui a tramé cette séquestration, se révèle être Yoseph, une vedette de K-pop qu'un scandale vient d'éclabousser. Alors qu'on tourne les pages et qu'on croit démêler l'écheveau de ce mystère polyphonique, on ne cesse de s'épouvanter devant l'ampleur de la toile qu'a tendue avec brio l'autrice afin de piéger la pauvre star, victime de ses fans et de la cynique industrie de la chanson. Sueurs froides au Pays du matin calme.
Holy Boy
Verso
Traduit du coréen par Cécilia Castelli et Lee Bee-ah
Tirage: 15 000 ex.
Prix: 19,90 € ; 352 p.
ISBN: 9782386433429
