David Aymonin: "Nous devons travailler ensemble pour la science ouverte" | Livres Hebdo

Par Véronique Heurtematte, à Montpellier, le 29.05.2019 à 19h21 (mis à jour le 29.05.2019 à 20h00) Journées de l'Abes

David Aymonin: "Nous devons travailler ensemble pour la science ouverte"

David Aymonin - Photo VARONIQUE HEURTEMATTE

A l'issue des Journées annuelles de l'Agence bibliographique de l'enseignement supérieur, placées sous le signe de la science ouverte, son directeur, David Aymonin, dans une interview à Livres Hebdo, rappelle les principaux enjeux pour la documentation de l'enseignement supérieur.
 

Presqu'un an après le lancement, le 4 juillet 2018, du Plan national pour la science ouverte par la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, Frédérique Vidal, l'Agence nationale de l'enseignement supérieur (Abes) a fait de l'open science le fil rouge de ses journées annuelles, organisées les 28 et 29 mai à Montpellier.

La rencontre, qui a rassemblé plus de 450 participants, a été l'occasion de faire un point d'étape sur cette question, devenue un enjeu de premier plan à l'échelle nationale comme à l'échelle européenne. Explications avec David Aymonin, directeur de l'Abes.

Livres Hebdo : quel bilan tirez-vous de ces journées d'étude ?
David Aymonin
: je retiens tout d'abord que nous devons travailler tous ensemble pour favoriser l'accès à la science produite par les chercheurs français, et plus généralement au niveau international. Ce message clair du ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation est très important car il montre que nos tutelles et le monde de la recherche considèrent que les bibliothèques sont importantes. Il permet à celles-ci de se sentir renforcées dans leur position d'interlocutrices des chercheurs au sein de leurs établissements.

Qu'est-ce qui a changé pour les bibliothèques depuis le lancement du plan national pour la science ouverte ?
D.A. :
j'observer que beaucoup d'établissements veulent mettre en oeuvre ce plan et s'en servent pour valoriser des actions qu'elles ont déjà entreprises, parfois depuis de longues années. Il y a une convergence entre l'intention du ministère et celle des bibliothèques. Celles qui avaient déjà développé des archives institutionnelles, la formation des doctorants, sont de plus en plus nombreuses à vouloir discuter avec leurs directions de la recherche de la manière de travailler ensemble. Le plan catalyse les forces et accélère un mouvement qui existait déjà mais qui se renforce et s'étend à de nouveaux établissements. Au cours de nos visites dans plusieurs bibliothèques au printemps, les directeurs nous ont dit à quel point c'était important pour eux de travailler sur ces questions.

Comment l'Abes se positionne dans ce mouvement de la science ouverte ?
D.A. : L'enjeu pour l'Abes, c'est de collecter et d'agréger les données bibliographiques produites par différentes sources et d'en garantir la qualité. Cela nécessite un travail de collecte, de vérification et d'amélioration de la qualité qui permet de dire que ces données, bibliographiques mais également d'auteurs ou de structures, font autorité. L'Abes se positionne pour élaborer des référentiels de données fiables, historicisées, enrichies, qui servent à identifier la production scientifique. Ces données d'autorité sont ouvertes et disponibles pour tous, en France, dans le monde entier, pour le secteur public comme pour le secteur privé. C'est une matière première pour la science et les chercheurs mais elle peut être aussi utilisée par des sociétés commerciales.

Cette année, vos journées d'étude ont pris une forme plus collaborative. Est-ce une orientation importante pour l'Abes ?
D.A. : La dimension collaborative est une tendance de fond dans le domaine informatique et une tendance historique dans la constitution des catalogues de bibliothèques comme le Sudoc, créé par les contributions de centaines d'établissements. Aujourd'hui on n'a pas beaucoup de moyens, par contre on a tous beaucoup d'idées, des compétences, et des technologies qui permettent le travail collaboratif. Tous ces facteurs font que c'est le moment de faire des logiciels en open source, des données ouvertes, de mutualiser tout cela. C'est tout le contexte de la connaissance mondiale qui s'est créé de cette manière depuis une dizaine d'années.

Quels sont les prochains projets de l'Abes ?
D.A. :
l'un des enjeux que nous avons identifiés à la suite des ces journées est de combattre la fracture digitale. Nous avons constaté que peu de directeurs de bibliothèques venaient aux journées de l'Abes, or une partie des cadres de bibliothèque se sent un peu perdue face aux questions techniques. Nous devons veiller à ce qu'ils puissent acquérir les bases de connaissance. Ce serait dommage de perdre en route des cadres expérimentés qui sont loin de l'opérationnel mais qui doivent néanmoins comprendre ces dimensions technologiques. C'est un défi pour notre communauté professionnelle. Tous les cadres des universités doivent s'acculturer et continuer à accquérir des compétences et des connaissances dans ces domaines. Faire comprendre le paysage de l'information scientifique et technique est l'un des objectifs inscrits dans notre projet d'établissement. L'Abes a la responsabilité de s'assurer qu'il n'y ait pas de fracture digitale. Nous réfléchissons actuellement à la possibilité d'organiser un événement spécifique qui serait dédié aux cadres et qui aborderait à la fois des aspects stratégiques et des aspects technologiques.
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