Centre d’archives LGBT+ : les négociations patinent | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, le 22.11.2018 à 18h29 (mis à jour le 22.11.2018 à 19h00) Patrimoine

Centre d’archives LGBT+ : les négociations patinent

Photo COLLECTIF ARCHIVES LGBTQI

Les discussions pour trouver un local parisien consacré au stockage et à l’exposition des archives LGBT+ avaient repris en 2017. Mais la situation semble aujourd’hui au point mort.

A l’issue d’une réunion qui s’est tenue le mardi 20 novembre entre le Collectif archives LGBTQI et la mairie de Paris, les négociations pour trouver un lieu temporaire d’accueil des fonds documentaires des communautés lesbiennes, gay, bi et transgenres semblent piétiner. Dans un communiqué, le collectif affirme que la Ville n’a "identifié à ce jour ni lieu temporaire, ni lieu définitif pour le futur centre d’archives" et regrette que la municipalité "n’active visiblement aucune force sur ce projet tant attendu, dont elle est saisie depuis 2001".
 
"Malgré le vœu voté par le Conseil de Paris en décembre 2017, malgré l’engagement réitéré cet été par l’équipe de [la maire de Paris] Anne Hidalgo, aucune solution temporaire n’est proposée, écrit le collectif. Quant à un site définitif, la Ville a dû renoncer à la future ex-mairie du 4e arrondissement (située en zone inondable) et n’a pas de Plan B : la Ville prend-elle les mémoires LGBTQI+ au sérieux ?"
 
Véritable arlésienne, le Centre d’archives LGBT+ destiné à recueillir et exposer les fonds documentaires amassés par les individus et les institutions de défense des minorités sexuelles hante les relations entre le milieu militant et la mairie de Paris depuis 2001. Initiées sous le mandat de Bertrand Delanoë, les recherches pour trouver un espace capable de stocker ce patrimoine n’ont eu de cesse d’être reportées, parfois sine die.

Le processus relancé en 2017
 
Conformément à la promesse formulée par Anne Hidalgo en 2014, le processus avait toutefois été relancé fin 2017 par l’ancien premier adjoint à la culture Bruno Julliard, au moment où le film 120 battements par minute, qui narre le combat des activistes d’Act-up contre le Sida, remportait un immense succès. L’édile avait alors promis qu’un lieu serait trouvé d’ici 2020 et qu’un local temporaire serait mis à disposition avant l’échéance. Le Collectif archives LGBTQI avait été désigné comme interlocuteur principal pour ce dossier, chargé de planifier le fonctionnement des archives et de faire vivre le futur établissement.
 
Un an après, l’association regrette qu’en dépit des efforts qu’elle a fourni pour mettre en place les éléments nécessaires à la prise en charge des fonds, la mairie n’ait pas encore trouvé de local. "Sans lieu adapté, visible et accessible, comment lancer dès maintenant la collecte ? Comment montrer les archives au public et aux chercheur-euses ?" se questionne l’organisation, qui déclare élaborer des "méthodes" et des "formats" pour "recueillir et valoriser les archives sous toutes leurs formes".
 
"On ne peut pas lancer de promesses d’archives. La chaine est bloquée parce qu’on n’a pas de local, indique Sam Bourcier, sociologue, professeur à l’Université de Lille 3 et membre du Collectif archives LGBTQI. Il faut une volonté politique. Ce n’est plus possible de continuer comme ça avec la mairie." L’association est particulièrement critique de la posture "désinvolte" de la commune, qui n’aurait pas prêté attention à ses suggestions de locaux.
 
Le collectif a proposé trois lieux faisant partie de la régie immobilière de la Ville pour accueillir temporairement le centre d’archives, d’anciens locaux commerciaux situés dans les IIIe, IXe et Xe arrondissements de Paris. Plus tôt dans l’année, l’organisme avait également évoqué la possibilité de reconvertir l’hôtel de Fourcy (IVe) ou le musée de la Libération (XVe) pour en faire le site définitif du centre d’archives.

10 000 euros en attente de versement
 
Lors de la réunion de mardi, les discussions ont également achoppé sur la question du financement public du Collectif. Une dotation de 10 000 euros a été votée par le Conseil de Paris en décembre 2017, mais le versement de la somme n’a toujours pas été effectué, selon l’association. "De toute façon, si on veut travailler correctement, il nous faut un financement pluriannuel" déclare Sam Bourcier, qui précise que le travail effectué par son équipe est strictement bénévole.
 
Chez les militants, l’agacement est palpable après plus de dix-sept ans d’attente et de tractations infructueuses avec la Ville de Paris. Pour concrétiser ses ambitions, le Collectif se dit dorénavant ouvert à d’autres éventualités : "On n’a pas encore poussé la piste du mécénat privé, indique Sam Bourcier. Ou bien on peut faire ça nous-même, parce qu’on en a ras-le-bol. Une autre solution pourrait être de monter ça à Marseille. Si cela ne se fait pas à Paris, ce n’est pas grave. »
 
De nombreux centre d’archives LGBTQI existent dans le monde, notamment le GLBT Historical Society à San Francisco (1980), l’IHLIA LGBT Heritage à Amsterdam (1999) ou Schwules Museum à Berlin (1985), l’Australian Lesbian and Gay Archives à Melbourne (1978) ou encore le Canadian Lesbian and Gay Archives d’Ontario (1973).

La mairie de Paris n’a pas donné suite à nos sollicitations.

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