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Bibliothèques : vent de gratuité dans les métropoles

A Nantes, l'emprunt en médiathèque est désormais gratuit pour tous les habitants de la métropole. Ici, la Médiathèque Jacques Demy. - Photo RODOLPHE DELAROQUE - NANTES MÉTROPOLE

Bibliothèques : vent de gratuité dans les métropoles

Depuis le 1er mai, l’emprunt dans les médiathèques de toute la métropole de Nantes est gratuit pour ses habitants. En septembre, Rennes mettait également en place la gratuité. Analyse d’un phénomène qui reste pensé à l’échelle locale.

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Par Fanny Guyomard,
Créé le 12.05.2021 à 16h16,
Mis à jour le 12.05.2021 à 22h09

« Les services de la bibliothèque publique sont en principe gratuits », exposaient en 1994 l’Ifla et l’Unesco dans leur Manifeste sur la Bibliothèque publique. Les « valeurs humaines fondamentales » de « la liberté, la prospérité, le progrès de la société et l’épanouissement de l’individu » requièrent en effet des « citoyens bien informés », qui doivent bénéficier d’ « une éducation satisfaisante, en même temps qu’un accès gratuit et sans restriction au savoir, à la pensée, à la culture et à l’information ».

De belles paroles qui se concrétisent, depuis le 1er mai 2021, à Nantes. Désormais, tous les habitants de la ville peuvent s’inscrire (et donc emprunter) gratuitement, dans ses huit médiathèques et deux bibliothèques. Rennes a aussi mis en place la gratuité en septembre, et les bibliothèques d’Aix-en-Provence début 2019. Le principe est aussi en réflexion à Strasbourg - mais n’anticipons pas.

120 000 euros de recettes en moins 

Les métropoles (de tous bords politiques) se sont-elles données le mot ? Celles interrogées indiquent avoir travaillé chacune dans leur coin. A Nantes, c’était un engagement de la présidente de la métropole Johanna Rolland (socialiste), réélue en 2020. « Donner accès à tous à un équipement culturel sans coût est un acte profondément démocratique », justifie Michel Cocotier, délégué à la lecture publique, du spectacle vivant et des arts de la rue. La mesure coûte en revanche à la métropole entre 112 000 et 120 000 euros de recettes en moins chaque année. Auparavant, l’abonnement classique annuel s’élevait à 12 euros, et 6 euros pour les 18-26 ans et les plus de 65 non imposables. Il était gratuit pour les mineurs, les personnes touchant le RSA, les demandeurs d’asile… Mais personne ne payait pour les consultation et les animations sur place. Et les Nantais pouvaient déjà rapatrier un document de tout le réseau dans la bibliothèque de son quartier, ce qui étendait de fait l’emprunt à l’échelle de la métropole.

La gratuité totale dans tout Nantes n’est donc pas une mesure radicale. Mais elle marque tout de même une révolution dans les esprits, en véhiculant un message simple : désormais, absolument tout est accessible pour tous. « Un certain nombre d’usagers allaient déjà vers le livre, mais c’est moins vrai dans certains quartiers, où l’on veut qu’ils s’emparent des huit lieux sans frein, qu’ils s’y sentent à l’aise », reformule l’élu. Mais pas de liberté totale : les habitants doivent demander leur carte d’adhérent et payer une facture s’ils ne rendent pas ou détériorent ce qu’ils ont emprunté… L’inscription permet du même coup aux structures de connaître le profil de leurs adhérents et de pouvoir les contacter pour faire leur com’.

En parallèle, la métropole prépare une campagne de communication pour la rentrée, en comptant notamment sur le relai des enseignants. Des guichets électroniques sont progressivement mis en place pour que les bibliothécaires dédient plus de temps au conseil des visiteurs, espérés plus nombreux…

10 000 inscrits en plus à Metz 

Depuis que Metz a mis en place la gratuité, en 2014, le nombre d’inscrits a en effet bondi. De 18 000 en 2014, ils sont passés à plus de 28 000 en 2019. Mais c’est aussi lié à l’élargissement des services (une nouvelle médiathèque a notamment été inaugurée en 2018) et des horaires. « On a aussi autorisé de prendre plus de documents à la fois. L’offre a suscité la demande », ajoute Patrick Thil, adjoint au Maire chargé de la culture. Ceux qui veulent retirer plus de documents auxquels ils ont droit doivent débourser 20 euros.

Un exemple des effets concrets de l’accès libre aux quatre médiathèques et aux deux bibliothèques de la métropole, c'est que « les habitants du centre-ville récupèrent par exemple un livre dans un quartier périphérique, sur la route du travail et avec un parking moins cher. Dans la médiathèque de Jean Macé [à l’est du centre-ville], la moitié des emprunts sont réalisés par des personnes qui n’habitent pas le quartier ! Cela leur rend service, tout en favorisant la mixité sociale. »

Un autre intérêt de la gratuité : qu’elle soit un produit d’appel pour l’ensemble de l’offre culturelle. C’est du moins le pari de la métropole rennaise, qui a rendu, en septembre, l’accès gratuit à ses onze bibliothèques de quartier et à la bibliothèque des Champs libres, dans le même bâtiment que le musée de Bretagne dont l’exposition permanente est elle aussi désormais gratuite, comme l’accès à celles du musée des beaux-arts et de l’écomusée. Là encore, promesse de campagne de la présidente socialiste de Rennes métropole. « C’est un patrimoine commun, donc il était logique de rendre son accès gratuit et permanent », résume Tristan Lahais, vice-président de Rennes Métropole en charge de la culture, des équipements métropolitains, de la jeunesse et de la vie étudiante. Mais les expositions temporaires, avec des œuvres qui n’appartiennent pas à la Ville, restent payantes, même si leur prix sont « ajustés à la baisse ». Objectif : créer tout un écosystème culturel attractif. En 2019, 58% des inscrits aux bibliothèques rennaises (près de 52 000 adultes) payaient un abonnement. Ce qui représentait plus de 136 000€ de recettes.

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