« Vous allez pas le croire. » Sur Threads, plateforme d’Instagram centrée sur l’écrit, le ton de l’équipe de Babelio se fait amer. « On est assignés au tribunal par un auteur parce qu’on a refusé de retirer des notes négatives sur son livre, poursuivent les auteurs du message. Il faut être assez vil pour en arriver là mais notre ligne de conduite ne changera pas : dès lors qu’il n’y a pas de diffamation ou d’attaques personnelles, la liberté de s’exprimer des lecteurs doit primer ! »
Sous le texte, les réactions vont bon train : « J’ai déjà vécu cela avec une romancière très connue », confie un utilisateur. « J’ai été contactée par un auteur de façon virulente car j’avais émis des réserves sur son travail », renchérit une autre. Face aux questions répétées des internautes à Babelio sur l’identité de l’écrivain qui a porté plainte, le réseau social dédié à la littérature se fait discret : « Pour le moment, la direction a choisi de ne pas communiquer davantage à propos de cette assignation, explique Nicolas Hecht, responsable vidéo et contenu à Livres Hebdo. Nous préférons rester relativement discrets à ce propos, et attendons la décision judiciaire. »
La mort de la critique négative ?
Le phénomène semble dépasser les frontières des plateformes françaises. Goodreads, autre plateforme dédiée aux communautés de lecteurs, en a aussi fait les frais : plusieurs chroniqueuses littéraires anglophones décrivent année après année le même problème, à l’instar de la youtubeuse sino-américaine readwithcindy. Elle relatait, en 2025, s’être fait incendier par une autrice après avoir écrit une critique négative sur son compte Goodreads.
Face à la multiplication de ces cas, les influenceuses réagissent : certaines s’adressent publiquement aux écrivains pour leur rappeler que les critiques sur les réseaux sociaux ne leur sont pas destinées, et d’autres s’inquiètent de la « mort » de la critique négative. Les vidéos sur le sujet fleurissent, et émanent parfois de figures connues et plébiscitées sur Internet, à l’instar de cari can read. La vidéaste, qui cumule plus de 400 000 abonnés sur son compte YouTube dédié à la lecture, a ainsi livré début janvier une analyse de 45 minutes, intitulée « La mort de l’esprit critique » et visionnée à ce jour par plus de 165 000 personnes.
La question des « raids »
Une autre préoccupation soulevée par ces créatrices de contenus défraye régulièrement la chronique lorsqu’elle se concrétise : sous couvert d’anonymat, certains auteurs usent du « review bombing », cette pratique consistant à inonder certaines œuvres d’avis négatifs pour nuire à leur succès. S’il s’agit souvent de raids coordonnés, orchestrés par des communautés, il arrive aussi qu’elles soient le fruit d’un seul individu armé de plusieurs faux comptes. En 2024, une onde de choc secouait les communautés littéraires anglophones avec l’affaire Cait Corrain, une primo-romancière qui avait avoué sa pratique du review-bombing sur Goodreads en amont de la sortie de son livre, pour discréditer ses « rivales » artistiques.
Chez Babelio, un scandale similaire a éclaté au moment de la rentrée littéraire 2025 : des romans qui n’étaient même pas encore sortis souffraient de critiques négatives en masse, tandis qu’un autre auteur jouissait d’excellentes notes… En réaction, Babelio a introduit un nouveau système pour distinguer les utilisateurs « fiables » des profils non vérifiés. La première pierre d’une politique de modération qui, affaire après affaire, devra s’affiner sur tous les réseaux sociaux littéraires.
