80 personnes venues soutenir la Petite Bibliothèque Ronde de Clamart | Livres Hebdo

Par Véronique Heurtematte, à Clamart, le 20.10.2016 à 14h14 (mis à jour le 20.10.2016 à 15h00) Polémique

80 personnes venues soutenir la Petite Bibliothèque Ronde de Clamart

Manifestation de soutien à la petite Bibliothèque Ronde de Clamart le 19 octobre 2016 - Photo VÉRONIQUE HEURTEMATTE / LIVRES HEBDO

Les participants à la manifestation de soutien demandaient l'ouverture d'une concertation avec la mairie de Clamart sur le devenir de la Petite Bibliothèque Ronde et de l'équipe qui la gère actuellement, à l'issue des travaux de rénovation programmés.
 

Environ 80 personnes se sont rassemblées, malgré la pluie, mercredi 19 octobre, devant la Petite Bibliothèque Ronde (PBR), installée dans le quartier populaire de La Plaine à Clamart (Hauts-de-Seine).
 
Familles et enfants du quartier, membres du collectif de soutien, ou encore Geneviève Patte, la directrice de l’établissement de 1965 à 2001, étaient venus exprimer leur inquiétude sur le sort qui attend cette bibliothèque associative spécialisée depuis sa création en 1965 dans la lecture publique pour la jeunesse, à l’issue des travaux de rénovation décidés par la mairie.

Ce mercredi était la date butoir laissée par la mairie à l’équipe pour quitter les lieux, où les travaux n’ont pas encore commencé mais qui ont été entourés de grandes palissades pour la mise en sécurité du bâtiment, que petits et grands ont entrepris ce mercredi de recouvrir d’affiches et de dessins. 

Guerre de tranchées
 
Pour le maire de Clamart, Jean-Didier Berger, également président de Vallée Sud Grand Paris, la communauté d’agglomérations dont fait partie Clamart, la situation est simple : la mairie a toute légitimité pour intervenir sur ce bâtiment classé qui lui a été cédé en 1971, aujourd’hui occupé illégalement par l’équipe de la bibliothèque, la convention entre les deux parties n’ayant pas été renouvelée à son échéance en juin dernier. "C’est le monde à l’envers, tempête l’élu. Je dois me justifier alors que nous mettons ce bâtiment à disposition de l’association gracieusement, que nous payons les fluides et alors qu’aujourd’hui je suis prêt à débourser l’argent nécessaire à sa rénovation, ce que personne n’avait accepter de faire avant moi. Or actuellement, quelques individus bloquent une initiative d’intérêt général. Les locaux sont dans un état déplorable, ils contiennent de l’amiante. Je ne veux pas prendre la responsabilité de laisser venir du public dans un lieu qui présente des problèmes de sécurité".
 
"Faux, rétorque de son côté Marion Moulin, directrice de la Petite Bibliothèque Ronde, visiblement très éprouvée, comme le reste de l’équipe, par ce bras de fer interminable avec la mairie. En juin 2016, la commission communale de sécurité a donné un avis favorable à  l’accueil du public. L’amiante est encapsulée et ne présente aucun danger pour l’instant".
 
Avenir très incertain

Concernant l’avenir du lieu à l’issue des travaux, dans 3 ans environ, le maire met en avant que la lecture publique est une compétence territoriale sur laquelle l’association n’a aucune prérogative. "Ce qui est important, c’est le projet, souligne Jean-Didier Berger. En fonction de ce qui sera retenu, nous déciderons du cadre pour le mettre en œuvre, municipal ou associatif. En tout cas, la vie de cet équipement ne tourne pas autour de l’association, qui ne fournit plus aucun projet à la collectivité territoriale. Elle a d’ailleurs refusé en septembre dernier de participer à l’animation des temps périscolaires".
 
Une affirmation qui blesse particulièrement Marion Moulin : "Toutes les subventions de Vallée Sud Grand Paris pour les associations sont attribuées sur projet, rappelle la directrice. Nous déposons donc chaque année un dossier, comme toutes les autres structures. En ce qui concerne les temps périscolaires, nous avions déposé un projet élaboré avec l’école de notre quartier et qui avait été accepté cet été. Mais en septembre, à quelques jours de commencer, nous avons appris que nous étions affectés à une autre école, située à l’autre bout de la ville. Ce n’était pas gérable pour nous et c’est uniquement pour cela que nous avons dû nous désister. Intervenir auprès des enfants, c’est notre cœur de métier, pourquoi aurions-nous refusé, sinon par contrainte ? Je précise que nous avons également déposé en septembre 2015, à la demande du Service du livre et de la lecture du ministère de la Culture, un projet d’établissement dans la perspective du réaménagement du bâtiment. Nous y avons ajouté un volet concernant une bibliothèque hors les murs, comme ils le souhaitaient. Depuis, nous n’avons eu aucune nouvelle ».
 
Le ministère en médiateur

L’association qui gère la PBR, de son côté, conteste la notion d’occupation illégale, pour laquelle le maire a annoncé qu’il déposerait un recours en justice. "Le bâtiment a été donné à la mairie par l’association  à la condition qu’il reste une bibliothèque jeunesse innovante, précise Catherine Delepelaire, la petite-fille de la fondatrice du projet, Anne Gruner Schlumberger. Nous considérons que cette équipe continue à travailler de manière innovante et reste fidèle au projet initial. Précisons également qu’elle n’est pas locataire des lieux mais affectataire, c’et à dire désignée spécifiquement pour gérer la bibliothèque".

Les ayants-droit de la famille Schlumberger, dont la fondation reste le principal mécène de la PBR, ont été reçu mardi 18 octobre par le Service du livre et de la lecture du ministère de la Culture et de la Communication, qui sert de médiateur dans ce conflit dont chacun affirme vouloir sortir par le dialogue mais qui, pour l’instant, ressemble plutôt à un dialogue de sourds ponctué par des recours en justice de part et d’autre.
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