Une enquête sur l'identité d'Elena Ferrante fait débat | Livres Hebdo

Par Pierre Georges, le 03.10.2016 à 16h22 (mis à jour le 03.10.2016 à 17h00) - 1 commentaire Révélation

Une enquête sur l'identité d'Elena Ferrante fait débat

L'auteure fantôme Elena Ferrante. - Photo DR

Pour révéler la véritable identité d'Elena Ferrante, un journaliste italien a épluché ses comptes en banques, provoquant l'incompréhension de son éditeur. D'après cette enquête publiée dimanche 2 octobre, une traductrice romaine, Anita Raja, pourrait être la "vraie" Elena Ferrante. 

Claudio Gatti, un journaliste italien, affirme avoir découvert, grâce à une enquête fiscale, l'identité d'Elena Ferrante, l'auteure à succès de L'amie prodigieuse (Gallimard), utilisant depuis ses débuts littéraires dans les années 1990 un pseudonyme. 

Plusieurs voix se sont élevées depuis la publication de l'enquête, dimanche 2 octobre, simultanément sur Il Sole 24 Ore, le New York Review of Books, le Frankfurter Allgemeine Zeitung et Mediapart, pour dénoncer une atteinte à la vie privée de l'auteure. "Je l'ai fait parce que je crois qu'elle est une figure très publique et quand les lecteurs achètent des millions de livres, je pense qu'ils acquièrent un droit de savoir quelque chose sur la personne qui a créé ces livres", a répondu Claudio Gatti, lundi 3 octobre sur la BBC.

Une enquête fiscale et immobilière 
 
Alors que les enquêtes s'étaient jusqu'à présent concentrées sur l'univers et le style littéraire de l'auteure, le journaliste Claudio Gatti du quotidien économique Il Sole 24 Ore, s'est intéressé aux aspects financiers du mystère. Et il est formel: point de Napolitaine ou de mère couturière comme l'a affirmé l'écrivaine dans Frantumaglia, son dernier roman qui sort aux Etats-Unis dans quelques semaines. Elena Ferrante serait Anita Raja, une traductrice romaine née en 1953, fille d'un magistrat napolitain et d'une professeure d'allemand d'origine polonaise.
 
Pour parvenir à cette conclusion, il a analysé les flux financiers d'Edizioni E/O, la petite maison d'édition romaine qui publie les romans d'Elena Ferrante et à laquelle collabore également Anita Raja. Selon lui, les revenus de la maison d'édition ont augmenté de 65% en 2014, année où les ouvrages d'Elena Ferrante sont devenus des best-sellers en anglais, et de 150% l'an passé. Et des hausses du même ordre apparaissent dans les revenus d'Anita Raja. Dans le même temps, le journaliste liste l'ensemble des biens immobiliers acquis par la traductrice, d'un appartement de sept pièces à Rome à une maison en Toscane. 
 
Si ce parallèle est incompatible avec une activité de "simple traductrice free lance", il apparaît "parfaitement cohérent" avec l'évolution des droits d'auteur d'Elena Ferrante, assure le journaliste.

L'éditeur "très ennuyé" 
 
Du côté des lecteurs comme des éditeurs d'Elena Ferrante, on s'interroge sur l'utilité d'une telle enquête. Contacté par Livres Hebdo, Sandro Ferri, son éditeur, s'est refusé à tout commentaire, n'ayant "rien à dire sur le sujet". 

S'exprimant dans l'enquête d'Il Sole 24 Ore, il ajoute: "S'il s'agit d'un article révélant l'identité d'Elena Ferrante, je vous dis tout de suite que nous ne donnerons pas de réponses ou de données (…) Nous sommes très ennuyés de cette invasion de nos vies privées, les nôtres et celle d'Elena Ferrante, et si l'article va dans cette direction, je suis désolé, mais nous ne pouvons pas coopérer". 

Une écrivaine à succès mais mystérieuse 
 
Elena Ferrante, qui s'est lancée en littérature dans les années 1990, a acquis une notoriété internationale grâce à sa tétralogie napolitaine L'Amie prodigieuse, écoulée au total, et d'après les estimations de GFK, à près de 800000 exemplaires. Dans les rares entretiens qu'elle a accordés, toujours par mail, elle a affirmé que son anonymat était nécessaire pour donner plus de poids à ses personnages et à ses intrigues. Certains y ont aussi vu une habile stratégie commerciale.
 
Ces dernières années, les spéculations n'ont cessé de croître autour de l'identité de celle dont on ne connaît ni l'âge, ni le visage. Et même si plusieurs noms ont circulé dans la presse, aucun n'a jamais pu être confirmé. 

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