Un passage des "Réseaux du Kremlin en France" devra être supprimé en cas de réédition | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, avec AFP, le 15.06.2019 à 15h42 (mis à jour le 15.06.2019 à 16h00) Justice

Un passage des "Réseaux du Kremlin en France" devra être supprimé en cas de réédition

Le Kremlin à Moscou

Cécile Vassié et l'éditeur Les petits matins étaient poursuivis par six plaignants concernant une vingtaine de passage de son livre sur l'influence de la Russie en France.

Cécile Vassié a été condamnée vendredi 14 juin pour un seul passage de son essai Les Réseaux du Kremlin en France (Les petits matins, 2016), sur la vingtaine visée par les plaignants, selon le jugements transmis à l'AFP et repris par Le Monde.
L’ancienne figure de La France insoumise Djordje Kuzmanovic et la haut-fonctionnaire Véra Nikolski, son épouse, les blogueurs Olivier Berruyer, Hélène Richard-Favre et Pierre Lamblé et l’enseignant Gueorgui Chepelev poursuivaient en diffamation l’auteure et son éditeur pour cet ouvrage qui décrit les différentes influences du pouvoir russe en France.

La 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris a estimé qu’aucun des passages concernant les plaintes des blogueurs Pierre Lamblé et Hélène Richard-Favre, de l’enseignant Gueorgui Chepelev et du couple Kuzmanovic-Nikolski n’était diffamatoire.

Pour les juges, être considéré comme « pro-Kremlin » ne porte pas atteinte à leur honneur et à leur considération, et donc qu’il ne s’agissait pas de diffamation.

Un seul passage condamné

Cependant le tribunal a condamné Cécile Vassié et son éditrice à 500 euros d’amende chacune avec sursis pour un passage sur le blogueur Olivier Berruyer, accusé d’avoir une « volonté de déformer les faits, d’attaquer ou de tromper, au moins en ce qui concerne les questions russo-ukrainiennes ». Elles devront lui verser 2000 euros de dommages et intérêts et 2500 euros au titre des frais de justice. Le passage devra être supprimé en cas de réédition.

Lors de l’audience, les 14 et 15 mars, le parquet avait estimé qu’aucun des propos litigieux n’était diffamatoire. Cécile Vaissié, directrice du département d’études russes à l’université de Rennes 2, avait plaidé que les réseaux évoqués dans le titre de son ouvrage ne constituent pas une entreprise « conspirationniste » en tant que telle mais une association de personnalités qui se relaient les unes les autres pour promouvoir les thèses du Kremlin. Parmi les nombreux noms cités dans le livre, dont une grande majorité venant des milieux de la droite et de l’extrême droite, aucun n’a souhaité réagir sur le plan judiciaire.

Un débat actuel

De son côté, l’avocat de cinq des six plaignants, Jérémie Assous – qui défend par ailleurs la chaîne russe RT France – avait mis en cause la méthodologie de l’universitaire et estimé que rien ne permettait de lier ces personnes à un quelconque « réseau » organisé pro-Kremlin.

La défense de Cécile Vaissié et de son éditrice avait dénoncé une « procédure bâillon ». « Sur une vingtaine de passages poursuivis, un seul est condamné. C’est un de trop, et le débat reste entier » le concernant, a commenté l’un des avocats des prévenues, Me Ivan Terel, à l’issue du délibéré. La question « des réseaux d’influence russes en Europe et en France » s’inscrit « dans le débat le plus actuel », a-t-il estimé.

Les parties ont la possibilité de faire appel.
 
 
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