L’association du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (FIBD) et la société 9e Art+ ont convié la presse jeudi 29 janvier au sommet de la tour Montparnasse, dans le XVe arrondissement de Paris. Une conférence organisée alors même qu’un événement de bande dessinée alternatif vient de s’ouvrir à Angoulême en réponse au boycott du festival.
Voisine de la gare Montparnasse, la tour Montparnasse n’a pas été choisie au hasard. Le lieu est hautement symbolique pour Franck Bondoux, délégué général du FIBD et patron de 9e Art+, assis seul face aux journalistes. « C’est la gare qui mène à Angoulême, et nous l’avons souvent côtoyée », rappelle-t-il en préambule. Il est venu accompagné de deux avocats de 9e Art+, de sa fille Johanna Bondoux et de Fausto Fasulo, directeur artistique adjoint en charge de la programmation Asie. L’enjeu de la rencontre est annoncé dès le départ : régler la question de la gouvernance du festival.
Au sujet de la gouvernance
Après une édition 2026 annulée à la suite d’un vaste boycott mené par des auteurs et éditeurs et la rétractation des financeurs publics, l’organisation de l’édition 2027 est désormais au cœur des tensions.
Le 13 janvier dernier, l'Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA) a lancé un appel à projets assorti d’un nouveau cahier des charges pour l’édition 2027, alors que la société 9e Art+ demeure contractuellement chargée de l’organisation du festival. Franck Bondoux dénonce une prise de contrôle « brutale ».
Pour l'association du FIBD, cette nouvelle feuille de route constitue « une reprise manifeste et assumée du Festival, tout en prétendant en changer la dénomination ». Un « subterfuge », selon le communiqué publié ce jour, visant à « reproduire le FIBD tel qu’il a été construit, structuré et développé depuis plus de 50 ans ».
Une action en justice pour concurrence déloyale
En réponse, le FIBD et 9e Art+ annoncent engager une action en justice contre l’ADBDA pour concurrence déloyale et parasitisme. Maître Renaud Montini, avocat de 9e Art+, présent aux côtés de Maître Vincent Brenot, précise : « J’ai rédigé une assignation en référé pour faire annuler cet appel à projets et interdire tout acte visant à organiser un festival de bande dessinée à Angoulême au premier trimestre de chaque année. » L’assignation, commune au FIBD et à 9e Art+, doit être délivrée dans les prochains jours.
Pour justifier cette procédure, Franck Bondoux déplore une absence totale de dialogue avec les pouvoirs publics : « 9e Art+ a été écartée de toute concertation ». Dans son communiqué, le FIBD estime que « l'assignation judiciaire est désormais la seule voie possible ».
La question sensible de la transmission
Le patron de 9e Art+ affirme vouloir participer à la transmission de l’expérience du FIBD, redoutant « un retour à zéro » pour les prochaines éditions. Il souhaite également que les équipes de 9e Art+ puissent rejoindre l’organisation future, alertant sur « un casse social et un manque à gagner de plusieurs millions d’euros pour le territoire ». Pour 2027, Franck Bondoux dit vouloir échanger avec les pouvoirs publics afin de clarifier la gouvernance, tout en affirmant « souhaiter se mettre en retrait ».
Interrogé sur les critiques visant 9e Art+, il demande « des preuves et des noms », notamment sur les accusations de management toxique. Quant aux revendications portées par les auteurs et autrices, il considère que le festival s’est retrouvé « au centre d’enjeux militants ». Selon lui, les questions de rémunération, de répartition des bénéfices et de statut des auteurs relèvent avant tout du Parlement : « La compétence du festival sur ces sujets est limitée. »
Questionné sur le manque de transparence de l'association, Franck Bondoux s’efforce d’afficher sa bonne foi. Il rappelle que la proposition de créer une SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif), réunissant acteurs publics et privés du secteur, avait précisément pour objectif de « remettre à plat la gouvernance du festival », une option qui, affirme-t-il, n’a pas été retenue.
