La Ville d’Angoulême et ses partenaires ont tenu une conférence de presse ce vendredi 9 janvier afin d’annoncer le lancement imminent d’un appel à projets pour l’organisation d’un nouvel événement consacré à la bande dessinée, prévu en 2027. Cette initiative intervient dans un contexte de recomposition du paysage culturel local, après l'annulation de l'édition 2026 du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême (FIBD).
Prenant la parole, le maire d’Angoulême Xavier Bonnefont a souligné la volonté des acteurs publics et professionnels de maintenir la place centrale de la ville dans le champ de la bande dessinée. L'édile a précisé que l’appel à projets à venir s’inscrirait dans « une démarche exigeante, répondant aux attentes des auteurs et de l’ensemble des professionnels de la bande dessinée ». Pour le maire, ce lancement constitue « une étape structurante, marquant l’élaboration d’une vision à long terme pour un nouvel événement à rayonnement international ».
Il a ensuite insisté sur l’implication directe de l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA) dans ce vaste dessein.
Restructuration de l’ADBDA
Le président de l’ADBDA, David Caméo, est revenu sur la transformation statutaire de l’association. Créée en 2017, elle a revu dernièrement ses missions et son organisation interne. Les nouveaux statuts élargissent ses prérogatives, lui permettant d’organiser ou de confier, à l’issue d’une « procédure transparente », toute manifestation liée à la bande dessinée à Angoulême à un opérateur professionnel. L’association voit également son nombre de membres considérablement augmenter, de 14 à 40 membres, et sa gouvernance se structurer autour de quatre collèges représentant à la fois les partenaires publics, les auteurs, les éditeurs et des membres associés.
Les collèges de L'ADBDA, élus ce vendredi 9 janvier 2026 :
David Caméo a insisté sur le fait que l’orientation de l’association appartient désormais majoritairement aux professionnels du secteur, les acteurs publics occupant une place minoritaire au sein du CA. Le président de l’ADBDA est élu par l’assemblée générale, et les fonctions de vice-président et de trésorier ne peuvent être exercées par des représentants de l’État. L’appel à projets exige d’ailleurs que, dans le budget global de l’événement, la participation financière des pouvoirs publics soit inférieure à 49 %.
Un nouveau cahier des charges
Le cahier des charges du futur appel à projets a également été présenté. Celui-ci prévoit différentes exigences à l’égard des candidats, notamment en matière « d’ambition artistique, de connaissance du secteur de la bande dessinée et de capacité à porter un événement d’envergure sur le territoire et au-delà ». Une attention particulière devra être accordée à l’ensemble des métiers de la filière, ainsi qu’à la valorisation du public, à la qualité des expositions et aux collaborations avec les acteurs culturels locaux.
Le dispositif prévoit par ailleurs un jury pluraliste réunissant auteurs, éditeurs, professionnels du milieu et partenaires publics. Les candidatures devront être déposées d’ici le 12 mars, après quoi suivra une phase d’analyse du 16 mars au 3 avril, ainsi que des auditions du 6 au 10 avril. Le lauréat devrait être désigné à la mi-avril 2026. Le contrat envisagé porterait sur une durée de cinq ans, avec la possibilité d’une année supplémentaire avant la mise en place d’un nouvel appel à projets.
Chantier du festival de demain
Les membres de l’ADBDA souhaitent que le festival ait lieu au premier trimestre de l’année (de janvier à mi-mars), la période de février étant exclue. L’année 2027 fait exception, eu égard au contexte exceptionnel autour de l’organisation de la prochaine édition.
Le festival sera construit en coopération avec les éditrices et éditeurs et leurs organismes professionnels représentatifs, les autrices et auteurs, leurs collectifs et leurs organismes professionnels représentatifs, ainsi qu’avec l’écosystème du territoire : la Cité internationale de la bande dessinée et de l’image, le Syndicat mixte Pôle de l’image, Magelis et les écoles d’art, les acteurs culturels du territoire, les professionnels locaux et la population locale.
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Toujours dans un but de « valorisation de l'édition et de la création » il est dit qu’un budget serait alloué à chaque prix littéraire. L'opérateur a aussi la liberté de chercher d'autres lieux pour accueillir le futur événement.
Pour ce qui est de la gratuité, David Caméo envisage de prendre des dispositions pour les professionnels de la bande dessinée, mais pas pour l’ensemble du public.
La question du FIBD et de 9e Art +
Malgré la volonté affichée des organisateurs de se projeter vers de nouveaux horizons, les zones d’ombre entourant le FIBD et 9e Art + demeurent. Le statut de l’association et la possibilité pour l’ancien prestataire de répondre au nouvel appel à projets restent au cœur des interrogations. Face aux nombreuses questions des journalistes sur ce sujet, David Caméo s'agace : « Nous voulons regarder vers l’avenir. »
Comme le rappelle Xavier Bonnefont, le FIBD n’est pas membre de l’assemblée générale de l’ADBDA. « Il pourrait toutefois le devenir ultérieurement s’il en exprimait le souhait, mais ce n’est pas le cas à ce stade ». Le FIBD demeure par ailleurs propriétaire de sa marque. Dans le cadre de l’appel à projets, il sera demandé au futur opérateur de proposer une nouvelle identité, comprenant notamment un nom, un logo et une stratégie de communication.
Cette nouvelle marque devra être validée par l’ADBDA qui, en cas d’acceptation, en deviendra propriétaire et en confiera l’usage à l’opérateur retenu. Le maire insiste : « Le projet porte ainsi sur la création d’un nouvel événement de bande dessinée à dimension internationale, distinct du FIBD, sans pour autant exclure ce dernier du paysage ; l’ADBDA a vocation à impulser une nouvelle manifestation. »
Pour ce qui est de 9e Art +, les organisateurs n’ont pas formulé d’opposition à la participation du prestataire à l’appel à projets, au même titre qu’un établissement public de coopération culturelle (EPCC).
Des partenaires confiants mais vigilants
Présente lors de la conférence de presse, Laura Baron, chargée de mission bande dessinée et représentante du Syndicat national de l’édition (SNE), a salué la qualité des échanges et la méthode de travail engagée, tout en appelant à la vigilance concernant le financement de l’événement et le maintien de sa spécificité culturelle et artistique. Elle a insisté sur la nécessité de préserver l’identité de la manifestation afin de « ne pas en faire un Comic Con ».
Au nom des États généraux de la bande dessinée, le bédéiste Denis Bajram « espère que dans quelques années on ne parlera plus des problèmes mais de la fête de la bande dessinée ». Tout en se montrant confiant dans l’horizon de 2027, il a indiqué que les professionnels resteraient attentifs à la mise en œuvre du projet. Enfin, les représentants de la Région et du Département ont réaffirmé leur soutien à cette dynamique, saluant « le travail engagé pour accompagner la reconstruction d’un événement structurant pour le territoire ».
