À l'est, un président déjoue les lois de la mortalité depuis des décennies. Transférant sa conscience de corps en corps, il maintient son emprise sur la Fédération. Son système de surveillance est total : crédit social et périmètres stricts de circulation conditionnent les existences.
À l'ouest, l'Europe a volontairement abandonné l'exercice du pouvoir à des intelligences artificielles jugées plus rationnelles. Ce système dysfonctionne, provoquant crise énergétique et révolte. Dans l'ombre, des personnages œuvrent à fissurer le pouvoir en place. Zoïa est emprisonnée dans la taïga pour avoir rédigé le pamphlet Le débat éternel tandis que Lilia développe une technologie de camouflage rendant les dissidents invisibles.
Mécanismes de surveillance
Récompensé du Grand Prix de l'imaginaire 2024 pour Protectorats (Le Bélial, 2023, réédité en format poche par Le livre de poche en septembre dernier), Ray Nayler signe avec Où repose la hache (traduit par Henry-Luc Planchat, Le Bélial, 19 février) une profonde dystopie sociopolitique et philosophique.
Ancien diplomate ayant vécu en Russie, il déploie sa connaissance des rouages du pouvoir autoritaire, des mécanismes de surveillance mais aussi de la discipline intériorisée. Sa narration dense et polyphonique mêle voix dissidentes, agents doubles ou médecins complices.
Cette fresque chorale cultive l'ambiguïté : les personnages ignorent souvent quelles seront les conséquences de leurs gestes. Sombre sans pour autant être manichéen, le roman interroge le prix à payer pour défier l'ordre établi. Les liens affectifs et les élans de solidarité témoignent par ailleurs d'une humanité qui persiste dans les failles d'un monde entièrement sous contrôle.
