Face à une plateforme comme Netflix, les médiathèques ont une offre alternative à proposer. Éditeurs de contenus, élus municipaux, associations de bibliothèques, le ministère de la Culture, le CNC ou encore Images en bibliothèques ont travaillé à imaginer l’offre à venir la plus pertinente, en cinq actes : collections physiques, dématérialisées, valorisation éditoriale, action culturelle, formation et aménagement.
1- Des collections physiques nécessaires
Le DVD, la HD et le Blu-ray affichent des taux d’emprunt généralement en recul, mais restent indispensables pour nombre d'usagers… comme pour le secteur du cinéma documentaire ou d’auteur. « Les médiathèques représentent jusqu’à 50 % des ventes de certains titres et jusqu’à 70 % en valeur », rapporte le chargé de mission Joseph Minster.
2- Un nouveau modèle économique pour le numérique ?
Quant à la vidéo à la demande, nombre de médiathèques pointent son coût, certaines (comme la Loire-Atlantique) ayant tout bonnement interrompu ce service. « Il n’est réglementairement possible de proposer un film quatre mois après sa sortie qu’en payant à l’acte. Donc plus ces films ont du succès, plus cela coûte cher aux collectivités. Il est alors nécessaire de rééquilibrer le modèle entre des films de nouveauté qui contribuent à l’attractivité du service, et un abonnement plus large sous forme de forfait, qui entretient un fonds patrimonial », explique Joseph Minster.
Et pour bénéficier d’une offre riche et diversifiée sans multiplier les abonnements, portails et infrastructures numériques : la solution serait de développer un même site partagé par toutes les bibliothèques de France : « L’État va essayer d’accompagner la mutualisation des offres entre plateformes différentes, qui pour certaines d’entre elles peinent à trouver un modèle économique viable », renseigne le chargé de projet. Les discussions doivent se poursuivre.
Le 6 juillet, journée de restitution du projet national sur l’avenir de l’audiovisuel en bibliothèque, à la BnF- Photo CRÉDITS SARA ARFAOUIPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
3- Réinventer la médiation ?
Une fois l’offre de VOD adoptée, il faut, pour mieux la faire connaître, l’insérer au sein du catalogue en ligne de la bibliothèque, comme dans ses espaces physiques. Elle gagnerait aussi à être davantage éditorialisée et communiquée par les bibliothécaires (et non par les services informatique et communication de la Ville), ce qui suppose de leur donner davantage d’autonomie dans la gestion du portail de leur établissement et des réseaux sociaux.
Autre levier pour dynamiser l’offre audiovisuelle en bibliothèque : encourager sa pratique, car « faire, c’est apprendre à voir et à mieux s’approprier les collections ». Comme le prêt d'instruments de musique, qui dynamise le prêt de partitions et de CDs. Adapté à l'audiovisuel, cela donne des ateliers de réalisation de vidéos, même avec des moyens modestes. Un smartphone suffit. Et cette posture : désacraliser l’approche artistique, accepter l’expérimentation, l’erreur. Le bibliothécaire ne se sent pas légitime ? Il peut s’appuyer sur des intervenants extérieurs, ou se former lui-même.
4- Faire évoluer les formations
Compétences en action culturelle, en gestion des ressources numériques, en communication… « Le maître mot est de mutualiser les formations entre les différents organismes, et aussi entre les bibliothécaires et autres acteurs de l’écosystème de l’audiovisuel — comme les personnels du cinéma, ou les intervenants en éducation à l’image », relaie Joseph Minster. Ajouter à cela une formation pour mieux connaître les contraintes économiques du monde du cinéma : catalogueurs, ayants droit, éditeurs dépendants du rachat d’une société américaine avec des conséquences en cascade… Un écosystème complexe.
5- Un aménagement adapté
Enfin, comment traduire spatialement les points précédents ? Pour mener des ateliers et des concerts : des espaces modulaires simples, qui ne nécessitent pas l’intervention d’un technicien. Pour éviter des conflits d’usage : être particulièrement vigilants à l’acoustique. Et pour mieux faire connaître l’offre en ligne : l’incarner au sein de la médiathèque, pas des fantômes (des fiches dans les rayonnages qui indiquent qu'un document pourrait s'y trouver) ou autres moyens qui restent encore à imaginer.
