C'est à eux que l'on doit les rapports sur le bénévolat (où l'on apprend que la moitié des médiathèques et points-lecture français ne fonctionnent qu'avec des bénévoles) ou sur la déontologie des bibliothécaires (notion à définir dans un texte spécifique, recommandent-ils). Les candidats conservateurs de bibliothèque d'État les croisent également lors de leurs concours. D'autres fois, ils forment des bibliothécaires de tout bord.
Ces professionnels protéiformes sont seulement dix en France : les inspecteurs de bibliothèques. L'Inspection générale des bibliothèques a été créée en 1822. Deux cents ans plus tard, nouvelle réforme de la haute fonction publique : ceux qui entrent à l'inspection générale à partir du 1er janvier 2023 ne pourront exercer cette mission que pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois. Pour ensuite, quitter cet ensemble de 280 inspecteurs généraux de l'éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR) et revenir dans leur corps d'origine.
On peut également croiser les inspecteurs lors de rencontres professionnelles, ici en 2025 au Congrès de l'ADBU, à Nantes- Photo FANNY GUYOMARDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Enquêtes de terrain
Carole Letrouit a œuvré au Service commun de la documentation (SCD) de l'université de Lyon-3, de Paris Descartes et enfin de l'université de Paris-8. En 2011, elle devient vice-présidente de l'Association des directeurs et personnels de direction des bibliothèques universitaires et de la documentation (ADBU). Jusqu'à cette envie, en 2016, « de travailler sur un temps plus long, d'étudier à l'échelon national comment des politiques publiques sont mises en œuvre, quels nouveaux besoins et pratiques émergent dans les bibliothèques et comment engager des évolutions positives, à travers des rapports », décrit l'inspectrice générale des bibliothèques.
Ces missions, qui prennent six mois (pour les contrôles d'établissement) à un an (pour les études thématiques), sont effectuées à la demande des ministres de la Culture ou de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Comment améliorer le déroulement de carrière des conservateurs généraux des bibliothèques ? Quelle est la place des BU dans le développement de la science ouverte ? Prochain chantier de notre inspectrice : la place et l'organisation des structures documentaires dans les universités fusionnées et les établissements publics expérimentaux, après une étude approfondie sur le coût de la documentation pour la formation et la recherche.
Inscrit également dans son agenda de cette fin 2026 : un contrôle « dans une bibliothèque municipale classée », esquisse-t-elle. Peut-être sa tâche favorite. « Les missions qui sont les plus marquantes sont celles où l'on vous demande d'intervenir car les relations entre une direction et une tutelle sont dysfonctionnelles. Nous aidons des équipes à prendre du recul, à ne pas perdre de vue leurs objectifs, à redonner du sens à leur métier. Et quand il n'y a plus de dialogue, nous jouons les médiateurs avec la tutelle », retient-elle.
De l'IA à la maîtrise des risques
Troisième casquette : la formation des prochains directeurs de bibliothèques universitaires. Elle conçoit alors elle-même la nouvelle session en flairant les besoins de la profession. L'année dernière, le sujet émergeant était celui de l'intelligence artificielle. En cette rentrée, c'est la maîtrise des risques. « La question se pose de manière très aiguë en bibliothèque, car c'est un établissement qui accueille du public : comment réagir quand il y a un feu, une inondation, un attentat ? »
En 2027, des départs à la retraite sont attendus, soit des recrutements à la clé, avec un appel à candidatures à l'automne pour une prise de fonction en février, ou bien au printemps pour la rentrée 2027. « Les recrutements se font sur profils de poste, publiés au Journal officiel. Si le dossier est sélectionné, s'ensuivent deux oraux : un entretien d'expertise et un entretien de motivation », détaille Carole Letrouit. Qui donne ce conseil : prendre contact avec un inspecteur pour appréhender clairement ce qu'est réellement son métier. « Mes collègues et moi sommes disponibles pour en discuter ! »

