Matthieu de Montchalin : "Il m’a manqué un million d’euros" | Livres Hebdo

Par Cécile Charonnat, le 10.03.2017 à 16h37 (mis à jour le 10.03.2017 à 17h00) Sauramps

Matthieu de Montchalin : "Il m’a manqué un million d’euros"

Matthieu de Montchalin - Photo PHOTO OLIVIER DION

Le propriétaire de la librairie L’Armitière, à Rouen, et président du Syndicat de la librairie française, donne à Livres Hebdo sa version de l’échec de sa tentative de reprise des librairies montpelliéraines Sauramps.
 

Propriétaire de la librairie L’Armitière, à Rouen, et par ailleurs président du Syndicat de la librairie française (SLF), Matthieu de Montchalin annonçait publiquement fin janvier qu’il reprenait le groupe montpelliérain des librairies Sauramps. Cependant son offre, jugée insuffisante financièrement dans le cadre du mandat ad hoc qui courait depuis neuf mois, n'a pas été retenue. Le 3 mars, le tribunal de commerce de Montpellier a décidé l’arrêt du mandat ad hoc, conduisant le P-DG de Sauramps, Jean-Marie Sevestre, à annoncer un prochain placement en redressement judiciaire, total ou partiel, du groupe. Matthieu de Montchalin s’explique sur son échec, alors qu’il a été publiquement mis en cause par Christian Thorel, P-DG de la librairie Ombres blanches à Toulouse, sur la gestion de sa candidature.
 
Livres Hebdo : Alors que vous vous intéressez à Sauramps depuis l’automne, et que vous étiez seul en lice depuis mi-janvier, pourquoi avez-vous échoué à racheter le groupe ?
Matthieu de Montchalin : Je ne peux pas parler d’échec. En réalité, le temps a manqué. Mon offre d’achat ferme, déposée en janvier et acceptée par deux des trois actionnaires de Sauramps, stipulait une reconduction de quatre mois du mandat ad hoc. Or, le 3 février, le juge du tribunal n’a reconduit la procédure que pour un seul mois. Cela n’a pas été suffisant pour rassembler le montant nécessaire au rachat de l’entreprise, estimé, hors les parts des actionnaires, entre 4 et 4,5 millions d’euros. Une somme qui devait être financée entièrement au 3 mars, date de la nouvelle audience. Or, le 27 février, je n’avais mobilisé des assurances de financements que pour 3,6 millions d’euros. Je n’étais donc pas au niveau de ce qu’attendait le tribunal, notamment eu égard à la situation de la librairie dépeinte par un audit réalisé en février. Pour autant, je reste persuadé que le million d’euros qui manquait pouvait être réuni très rapidement, une somme dont de toute façon je n’avais pas besoin de suite puisqu’elle aurait servi à financer les travaux dans la librairie du Triangle [NDLR : librairie principale du groupe Sauramps], programmés pour janvier 2018.
 
LH : Vous parlez d’assurances de financements, mais vous n’aviez pas de fonds. Cela avait-il du sens de se porter candidat au rachat à ce stade ?
MdM : Je n’ai jamais caché que je n’avais pas de fortune personnelle et que je m’appuierais sur les outils interprofessionnels. Lorsque j’ai déposé mon offre ferme et que je l’ai présentée au comité d’entreprise (CE), fin janvier, je disposais d’un accord écrit de l’Adelc pour un prêt de 600 000 euros et du CNL pour un million d’euros. L’Ifcic m’avait accordé, également par écrit, des marques d’intérêt. J’avais également mobilisé le soutien de banquiers locaux, dont le Crédit Agricole, principale banque de Sauramps, d’acteurs de la culture et d’entrepreneurs locaux, qui demeurent confidentiels puisque l’offre n’a pas abouti. Entre le 3 février et le 3 mars, Hachette, Interforum et MDS ont également donné leur accord pour décaler des échéances, permettant ainsi le rééchelonnement des dettes.
 
LH : Mais ces soutiens étaient assortis de clauses suspensives.
MdM : Evidemment, comme il est d’usage dans ce genre d’affaire !
 
LH : Dans ce cas, pourquoi avoir annoncé dans la presse, sur votre page Facebook et lors de vos vœux au SLF, le 30 janvier, que la cession était officielle ?
MdM : Parce que ce n’était pas faux et que j’en étais persuadé à ce moment-là. Il y avait alors un accord avec les actionnaires et les représentants du personnel avaient été informés. Ne manquait plus que le financement. Par ailleurs, ces déclarations avaient pour but de donner le signal d’une remise en marche de Sauramps, de dire au public montpelliérain que le groupe repartait, que l’on était en train de construire une nouvelle ère et de mobiliser tout le monde dans le même sens. Mais j’ai sans doute fait preuve de trop d’enthousiasme.
 
LH : Avec cette annonce publique n’avez-vous pas au contraire retardé la recherche d’une autre option, par exemple au travers d'une procédure de sauvegarde ?
MdM : Que me reproche t-on  : d'être allé au bout de ma démarche et de mon projet ? D'avoir défendu ma vision de cette librairie ? Suis-je responsable du fait que tous les autres candidats repreneurs avaient jeté l'éponge ? Les alternatives dont vous parlez ne relèvent pas de ma responsabilité. Mais je crois pouvoir affirmer qu'aux yeux des dirigeants ou du mandataire il fallait trouver une solution en amont de la barre du tribunal. Nous avons tous œuvré dans le même sens. Celui de la sauvegarde de l'emploi et du périmètre le plus large possible de l'entreprise. Il s'en est fallu de peu pour que cela réussisse.
 
LH : Dès lors que vous estimiez avoir rassemblé les moyens nécessaires à la reprise, pourquoi n’avez-vous pas fourni au comité d’entreprise de Sauramps les précisions qu’il vous demandait sur votre montage financier ?
MdM : A partir du 3 février et dans l'attente de l'audience du 3 mars, nous avons convenu avec le mandataire de ne plus communiquer ni dans les médias ni dans l'entreprise sur mon projet. La communication vers les salariés était prévue à l'issue de l'audience du 3 mars.
 
LH : Que répondez-vous à votre confrère Christian Thorel, P-DG d’Ombres blanches à Toulouse, qui vous accuse de vous être "servi" de votre statut de président du SLF et "par conséquent, de l’avoir biaisé" ?
MdM : Je récuse complétement cette affirmation. Ces attaques ne reposent sur aucune réalité. Est-ce parce c’est le président du SLF qui dépose des dossiers auprès de l’Adelc et du CNL que ces institutions acceptent ? L’autre candidat [NDR : Benoît Bougerol] a disposé des mêmes soutiens. Personne ne peut douter de ma sincérité et de mon enthousiasme dans la reprise de Sauramps.
 
LH : Combien avez-vous proposé aux actionnaires de Sauramps ?
MdM : C’est une information confidentielle.
 
LH : Si vous êtes parvenu à réunir des assurances de financement pour 3,6 millions d’euros, pourquoi ne présentez-vous pas un dossier dans le cadre de la procédure judiciaire à venir, qui va notamment purger une partie des dettes de Sauramps ?
MdM : J’ai toujours dit que je n’irai pas, je ne déposerai donc pas de dossier. Ce ne sont plus les mêmes règles et c’est un autre métier que je n’ai pas envie d’exercer. Mais je souhaite désormais que toutes les énergies soient tournées vers la reprise de Sauramps afin que cette librairie redevienne ce qu’elle a été, grâce notamment au travail de ses dirigeants et de ses équipes.
 
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