Dans le cadre de la journée professionnelle du Lyon BD Festival, vendredi 12 juin en amont de l’ouverture au public, une table ronde posait une question bien d’actualité : comment se portent les festivals BD ? Alors que celui d’Angoulême a été annulé à la suite d’une année de tourmente, il reste sur la carte de France des manifestations dédiées à la bande dessinée des centaines de festivals, aux modèles, budgets et ambitions bien différents.
Mais qui subissent tous, peu ou prou, la restriction des financements publics – baisse des subsides des DRAC, retrait de certaines Régions – et la hausse des charges. « 57 d’entre eux ont répondu à une enquête visant à mieux les connaître, et 39 ont rejoint la fédération Club 99, lancée voilà trois ans, et ils représentent cette diversité, s’est félicitée Marina Corro, directrice de Formula Bula et présidente de ce nouvel organe collectif. Environ 80 % sont appuyés sur une association, le reste étant en régie directe d’une ville ou d’une médiathèque. Leur budget oscille entre 3 000 et 1,2 million d'euros, et leur fréquentation entre 1 500 et 56 000 visiteurs, mais seule une poignée dépasse les 20 000. »
Le Club 99 vise à favoriser les échanges de bonnes pratiques, les réflexions sur les financements et la mutualisation, afin de soutenir la filière du livre et ses autrices et auteurs, mais aussi la vie culturelle sur les territoires. « Les festivals occupent une place particulière dans l’accès au livre et à la lecture, a rappelé Joël Bouvier, pour l’Arall (Agence Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture). On y croise des publics variés, qu’on ne voit pas en festival littéraire ou en librairie. À l’heure de la surproduction et de la concentration des ventes sur quelques titres, ils sont des vecteurs essentiels de la bibliodiversité. »
Innover dans la gestion des ressources financières
Encore faut-il qu’ils trouvent des marges de financement pour survivre et rémunérer celles et ceux qui doivent l’être, a tenu à souligner Fabien Texier, directeur de Central Vapeur à Strasbourg. « Notre festival en lui-même est déficitaire, mais nous développons des actions à l’année pour nous financer, comme des formations, un accompagnement pour les professionnels ou des ateliers périscolaires. »
D’autres structures ont moins de sueurs froides budgétaires, car soutenues en direct par une collectivité, mais doivent se montrer innovantes pour soutenir leur développement. C’est le cas de BD Aurillac, conçu par les équipes des médiathèques de l’agglomération, dont certains postes sont en bonne partie consacrés à l’organisation de cet événement. Julien Ségura, son directeur adjoint, a précisé que les deux tiers de son budget de 75 000 euros sont pris en charge par l’agglomération, et qu’il faut donc trouver soutien pour le dernier tiers.
Avec une certaine inventivité : « Notre principale subvention, et qui augmente chaque année, vient de la Caisse d’allocations familiales du Cantal, car elle a vu dans la BD une manière de répondre à certains de ses programmes à destination des familles et de la jeunesse », détaille Julien Ségura.
Malgré un optimisme de façade, alimenté par la foi des organisateurs de festivals en leur projet, tous expriment une vraie inquiétude pour les mois et années qui viennent. À Marina Corro, la conclusion : « Il y a, dans le même temps, une baisse des aides publiques sur tout le territoire, une chute de la lecture, une érosion du réseau de librairies, et des visions politiques qui vont à l’encontre des idées que l’on défend. Nous avons une bataille commune à mener pour protéger la culture et les droits de ceux qui la font. »
