Nouvel épisode dans la crise qui secoue le Festival international de la bande dessinée d’Angoulême : la liquidation judiciaire de la société 9e Art + a été prononcée le 7 mai dernier par le tribunal de commerce d’Angoulême, a révélé le quotidien local Charente Libre.
L’entreprise était déjà fragilisée depuis plusieurs mois par les tensions croissantes autour de la gouvernance de l’événement. Contacté par Livres Hebdo, le dirigeant de 9e art + Franck Bondoux, indique que tout s’est accéléré après une conférence de presse organisée le 20 novembre dernier. « Les pouvoirs publics ont exprimé le fait que, de leur point de vue, le festival ne pourrait pas se tenir », explique-t-il. Une déclaration qui aurait, selon lui, entraîné le désengagement progressif de nombreux partenaires et prestataires, rendant impossible la poursuite de l’organisation de l’édition suivante.
Dès février, 9e Art+ a demandé à être placé sous la protection du tribunal de commerce. Un conciliateur avait alors été nommé pour tenter de renouer le dialogue avec les différents acteurs institutionnels. Mais, selon Franck Bondoux, cette médiation est restée lettre morte.
Recours judiciaires contre l'ADBDA maintenus
Parallèlement, la société a engagé plusieurs recours judiciaires contre l’Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême (ADBDA), désormais chargée de relancer le festival. 9e Art + accuse l’ADBDA de « parasitisme » et de concurrence déloyale. L'association a nommé en avril dernier Marie Parisot et Céline Bagot pour le pilotage d'un futur festival dédié à la BD.
Un mandataire judiciaire a été nommé et devra désormais gérer les actifs de l’entreprise ainsi que les créances laissées derrière elle, estimées à 1,6 million d’euros. « Le substrat économique de la société s’arrête, mais l’idée est de maintenir la personne morale afin de poursuivre les actions en justice », précise Franck Bondoux.
Licenciements et impayés
Selon lui, les conséquences sociales de cette liquidation ont été largement sous-estimées. Une dizaine de salariés permanents et une trentaine de collaborateurs réguliers seraient concernés, sans compter les nombreux fournisseurs impayés et les exposants ayant versé des acomptes pour leurs stands.
« Les syndicats d’éditeurs sont en partie responsables de tout ça », accuse Franck Bondoux, regrettant qu’« aucun mot » n’ait été prononcé sur les conséquences humaines et économiques de cette crise. Le rôle du mandataire judiciaire sera désormais de tenter de trouver des fonds pour indemniser l’ensemble des créanciers de 9e Art+.
Alors que les procédures judiciaires pourraient encore durer plusieurs mois, Franck Bondoux estime que le calendrier pourrait rapidement poser la question de l’organisation du Festival d’Angoulême 2027.
