Mondes asséchés. Dans son quatrième roman, l'écrivaine, essayiste et permacultrice Louise Browaeys entremêle les genres de la fiction et de l'essai pour composer un « livre-rivière » mettant en scène une narratrice à l'aube de la quarantaine. « C'est un livre sur les liens entre nos cours d'eau malades et nos dépressions intérieures », écrit-elle. Convoquant la vaste faune des fleuves, des mers, des forêts et des rivières, elle esquisse un habile portrait croisé entre la trajectoire d'une femme devenue mère puis épouse adultère et celle d'une nature au souffle progressivement coupé par le réchauffement climatique.
Après cinq ans de vie commune avec le père de ses deux enfants, la narratrice tente de décrire « à quoi ressemble l'amour ». Que reste-t-il du désir lorsque l'organisation quotidienne de la famille prend toute la place ? Lorsque les nuits sont continuellement hachées par les pleurs et les angoisses de sa progéniture ? Lorsque le souvenir de sa mère, qui souffrait de mélancolie au même âge qu'elle, ressurgit à la montée de ses propres larmes ? La narratrice n'est plus jamais seule. L'indépendance et l'imagination, ces deux « sources cardinales » qu'elle souhaite le plus au monde transmettre à ses enfants, semblent s'être éloignées d'elle jusqu'à ne plus lui être accessibles. Elle est tellement fatiguée qu'elle fuit, dès qu'elle le peut, l'enthousiasme de ses enfants à lire pour la douzième fois consécutive Les trois petits cochons, à jouer aux Lego ou encore à se concentrer sur un puzzle géant.
La narratrice se réfugie dans une liaison avec un écrivain. Cette escapade lui remémore des attitudes qu'elle adoptait plus jeune, adolescente ou jeune adulte, la multitude de relations toxiques et d'hommes incorrects qu'elle a connus, et la fabuleuse rencontre avec son mari qui jamais ne lui a demandé d'être ou de faire autrement que ce qu'elle était ou faisait déjà. L'amour, la maternité, la sexualité, les relations familiales et les histoires intimes sont ici expliquées de façon à la fois douce et crue, dans un style spontané et impulsif qui crée d'emblée une proximité propice à l'identification. Alors qu'elle se compare à une libellule déprimée, à une chienne indocile et vaniteuse, à des éléphants ou des papillons qui communiquent par les odeurs, à d'infidèles castors, à un hérisson qui se porte mal, la femme de presque 40 ans se demande, face à « la montée des eaux et du fascisme » : « Que peut l'écriture ? » Elle se souvient des cours de biologie, où elle disséquait des animaux. Et des leçons d'histoire, en particulier celles sur la Seconde Guerre mondiale. Et la question persiste : « Que peut l'écriture face à cela ? Peut-être nous relier. [...] Nous remémorer la lenteur de l'escargot et de la sève, le travail invisible des vers de terre qui augure de notre propre solidarité. »
Bleue comme la rivière
Phébus
Tirage: 3 150 ex.
Prix: 19,90 € ; 176 p.
ISBN: 9782752915375
