« Tout ça pour des livres ! », s’écrie une ado en se dirigeant vers la longue file conduisant vers le Grand Palais. L’année dernière, il s’était vendu 45 000 billets au Festival du livre de Paris. Avant même le lancement de l’édition 2025 qui s’est tenue du 11 au 13 avril, 60 000 s’étaient envolés, les vendredi et samedi après-midis affichant même déjà complets.
Nouvelle dimension
De bons chiffres qui témoignent de la nouvelle dimension acquise par le festival, de retour dans un Grand Palais rénové avec plus d’un tiers de surface supplémentaire par rapport à l’an dernier dans le Grand Palais éphémère. Quelque 450 maisons d’édition ont ainsi pu exposer, contre 320 en 2024.
Le fait notable est d'ailleurs le retour des petites maisons d’édition, qui avaient déserté les lieux avant que le tarif des stands ne redevienne abordable. « C’était devenu financièrement impossible », glisse Didier de Vaujany, des éditions Élixyria, qui ont mis l’accent ce week-end sur leur offre de romantasy. À quelques stands de là, débute une triple file de plusieurs dizaines de mètres menant vers Hugo Publishing. Capucine, 21 ans, est venue de Rouen pour une dédicace de Lyly Blabla, autrice de Tous nos lendemains. « On vient aussi rencontrer Emma Green, Lyla Mars et Arielle Héra », enchaîne vivement la lectrice de romance.
Sur les balcons du Grand Palais lors du Festival du Livre de Paris 2025, une longue file pour les dédicaces des éditions Hugo, spécialisées dans le romance.- Photo FANNY GUYOMARDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Les éditeurs interrogés satisfaits de la nouvelle organisation des maisons d’édition dans le Grand Palais ?
La nouvelle organisation des maisons d’édition dans le Grand Palais, une réussite ? Selon Elsa Pallot directrice de Cheyne éditeur, installée à l’étage des petites maisons, « c'est bien d'y être avec ce tarif intéressant. Mais on essaiera d'être en bas l'année prochaine et de partager un îlot avec d'autres maisons que l'on connaît. Il y a peut-être des gens qui ne vont pas monter et il faudrait un peu plus ranger les maisons pour être plus efficaces pour le public. Certains sont même auto-édités et pas forcément des maisons ».
« Il faudrait un peu plus de cohérence pour la répartition des stands, et nous serons ouverts à un échange en amont avec l’organisation la prochaine fois », rejoint Jean-Marie Goater, des éditions éponymes. Il n'était pas présent l'année dernière. « Content d'avoir eu cette nouvelle opportunité plus accessible pour les petites maisons indépendantes. On ne serait pas venus sans l'aide de la région Bretagne et cette offre », rapporte le Rennais, visiblement ravi : « C'est un site incroyable avec un aménagement de qualité, un programme de qualité, et du passage », loue-t-il, signalant tout de même une marge de progression pour la prochaine édition : améliorer l’accès aux personnes handicapées.
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Changements
Autre changement : la fin de la caisse commune à tous les stands. « Ça ne fonctionnait pas du tout car les gens ne comprenaient pas où il fallait payer, beaucoup étaient partis partis sans le faire, d’ailleurs », témoigne Dominique Bordes, de chez Monsieur Toussaint Louverture.
Pour les éditions jeunesse de La Marmotière, habituées au festival de Montreuil, c’est une première. « Ce qui a été déclencheur, c’est le prix abordable et que le festival se passe au Grand Palais, un lieu merveilleux », loue la directrice éditoriale Camille Weibel. « C’est plus à taille humaine que la porte de Versailles », estime Yacine Retnani, directeur de la Croisée des chemins.
Jeunesse
Les éditeurs jeunesse sont venus en force, et notamment Editis, Gallimard Jeunesse, Hachette et Actes Sud Jeunesse, qui ont fait leur retour, l’organisation ayant mis l’accent sur ce segment, comme l’explique Pierre-Yves Bérenguer, le nouveau directeur général du Festival : « Nous ciblons la jeunesse, qui est l’avenir du livre. Vendredi, nous avons explosé les compteurs, avec 8 000 scolaires de toute l’Île-de-France ! Quant aux ados, les 15-25 ans, c’est un acquis. Et on le développe, en invitant 14 éditeurs de romance, contre six l’année dernière. Le défi était désormais d’attirer les familles. Nous avons donc créé une "scène des enfants" avec des ateliers pédagogiques, embauché une responsable pédagogique qui a travaillé avec les scolaires, et renforcé la littérature jeunesse, la BD et le manga. Et c’est réussi : ce samedi matin, dès 8h, la file d’attente s’étirait avec des enfants excités et des poussettes ! » Les portes ouvraient à 8h30.
Pierre-Yves Bérenguer, directeur général du Festival du Livre de Paris.- Photo FANNY GUYOMARDPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Nouveau modèle financier
Son autre défi, alors que l’association Relief a interpellé sur la dégradation budgétaire des manifestations culturelles dans leur ensemble, est que d’ici trois ans les partenaires privés, publics, et l’interprofession (à commencer par le Syndicat national de l'édition) contribuent à hauteur de 50 % du budget du festival. De quoi réduire la pression financière qui pesait jusque-là sur les éditeurs.
Le prestataire logistique a ainsi obligatoirement dû devenir partenaire. « S’il veut être fournisseur officiel, il doit participer financièrement à la visibilité que lui apporte le festival », reformule son directeur.
Parmi les marques présentes se trouvait notamment CMA-CGM (Compagnie maritime d'affrètement et Compagnie générale maritime), en écho avec l’espace dédié à la mer où était proposée une exposition dédiée au phénomène manga One Piece (Glénat). Le ministère de la Culture a invité une librairie à proposer une sélection sur le thème. « C’est une chance d’avoir été choisis, on ne paie pas le stand », sourit Thomas Chardon, gérant de la librairie Pincerais, à Poissy.
Livre audio
Parmi les nouveaux partenaires figurent également Kindle pour la lecture sur tablette et Audible pour le livre audio.
Miser sur le livre audio… et l’IA ?
Entrant en écho avec le baromètre 2025 du CNL-Ipsos « Les Français et la lecture » qui constate la part croissante du livre audio dans les usages, une table ronde s’est tenue sur le développement de l’offre de livres audio en langue française.
Hugo Publishing compte ainsi produire 200 nouveaux audiobook sur les trois prochaines années. La plateforme Spotify a elle investi un million d’euros pour soutenir la production en langue française, avec l’idée qu’elle soit sans exclusivité, accessible sur toutes les plateformes. L’entreprise propose également aux éditeurs la possibilité de produire de l’audio book avec une voix humaine ou de synthèse. C’est ce que va expérimenter Librinova : utiliser prochainement une IA pour produire des voix clonées d’auteurs. Pour des raisons économiques, justifie Charlotte Allibert, fondatrice et directrice générale : « La voix de synthèse ouvre de nouvelles perspectives aux auteurs n’ayant pas les moyens de financer une production professionnelle ». Mais pour Camille Pech de Laclause, éditrice chez La Lettre Zola, et Arthur de Saint-Vincent, directeur général d’Hugo Publishing, l’incarnation par un humain restent primordiale pour émouvoir.
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Écrans
D’autres écrans sont tout aussi clés pour valoriser la littérature. Le cinéma a été mis en avant à travers une galerie dédiée aux adaptations littéraires, en collaboration avec la Scelf. Leïla Slimani a quant elle mentionné l’adaptation en série du Pays des autres (Gallimard). Comme Souad Jamaï, pour sa Version des fées (la Croisée des chemins). L’autrice indique préparer des teasers vidéo à chaque sortie de ses livres « pour attirer de nouveaux lecteurs ».
Quelques couacs
Le Maroc, invité d’honneur à la hâte (après un revirement du Brésil à l’automne dernier), disposait d’un pavillon dans le hall central. Une intervenante pointe le manque de place ou d’organisation pour une table ronde qui n’avait pas de lieu dédié. L’autrice s’est arrangée pour s’inviter sur une rencontre le lendemain. Elle suggère pour la prochaine fois une préparation bien en amont. « On a (déjà) six pays dans les tuyaux pour les six prochaines années », informe Pierre-Yves Bérenguer, qui recevait samedi des délégations de Corée, du Québec ou encore de Catalogne.
Quant à l’État Français, ses annonces de vendredi ont d’abord déçu les professionnels du livre, jusqu’à l’intervention conjointe du ministère de la Culture et du président de la République, se montrant favorable à une rémunération des auteurs lors de la vente d’un livre d’occasion. Ce qui annonce de longues discussions, après le grand brouhaha emplissant les verrières du Grand Palais.
Olivier Dion- Photo 17H, UNE MANIFESTATION PRO-UKRAINE ET ANTI-POUTINE EST ORGANISÉE DEVANT LE STAND FAYARD CONTRE LA PRÉSENCE DE XENIA FEDOROVA PROPAGANDISTE ET JOURNALISTE RUSSE EN DÉDICACEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Enfin, le festival a été le théâtre de plusieurs actions menées devant le stand de Fayard. Samedi 12 avril vers 14h30, un petit groupe de militants a déployé des banderoles et déclamé les slogans « Fayard finance l’extrême droite » ou « Bolloré, casse-toi, le monde du livre n’est pas à toi », sous le regard impassible des équipes de la maison d'édition du groupe Hachette, propriété de Vincent Bolloré depuis 2023.
Une nouvelle action coup de poing a eu lieu samedi vers 17 heures, toujours devant le stand de Fayard, quand plusieurs associations de soutien à l’Ukraine sont venues perturber la séance de signatures de la journaliste russe Xenia Fedorova, autrice de Bannie. Liberté d’expression sous condition. Des peluches « ensanglantées » et des tracts évoquant des journalistes et des enfants tués par la Russie ont été lancés en direction de l'ancienne patronne de RT France (ex-Russia Today), accusée par les manifestants d'être une propagandiste de Vladimir Poutine.


