Sous la charpente métallique de la Halle Freyssinet, la chaleur est déjà pesante pour cette dernière journée de festival. En ce samedi de clôture du troisième week-end des Rendez-vous de la Bande Dessinée d'Amiens, les organisateurs surveillent de près l’impact de la canicule sur la fréquentation. « Avec cette canicule, on ne sait pas encore ce que donnera ce troisième et dernier week-end, la Halle reste un espace ouvert aux quatre vents », confie Pascal Mériaux.
Un total de 28 059 visiteurs
Le directeur du Pôle BD Hauts-de-France et de l’association On a marché sur la bulle préfère toutefois retenir la dynamique observée depuis le début de l’édition, déjà marquée par une affluence particulièrement soutenue. Malgré les fortes chaleurs, 6 750 visiteurs se sont finalement rendus au festival les 20 et 21 juin. Un chiffre près de deux fois supérieur à celui du deuxième week-end (3 650 visiteurs), mais inférieur à celui du week-end d’ouverture, qui avait attiré 14 600 personnes. Au total, cette édition anniversaire se clôt sur un bilan très positif avec 28 059 festivaliers et festivalières accueillis.
La chaleur n’a donc pas empêché les chasseurs de dédicaces de se présenter en nombre dès l’ouverture de la Halle, à 10 heures ce samedi. Accueillis à l’entrée par l’affiche du festival signée par Emil Ferris, invitée d’honneur de cette édition, les visiteurs ont rapidement investi les lieux. Si les familles semblaient un peu moins nombreuses qu’à l’accoutumée, elles ont néanmoins répondu présentes.
Les enfants au cœur du festival
Dans les ateliers, les expos dédiées mais aussi sur le stand jeunesse de la librairie Bulle en Stock, les enfants sont nombreux, quel que soit leur âge, à fouler le sol de béton de la Halle. « Sur le festival, la place des enfants est vraiment prépondérante », analyse Ann-Zoé Paulhan, libraire en poste sur le stand jeunesse. « Et puis lorsqu’on dit aux enfants qu’ils peuvent avoir un dessin de l'auteur, ils sont tout de suite plus enjoués », poursuit la libraire.
Des enfants dans la file d'attente d'une dédicace dans l'espace jeunesse- Photo LOUISE AGEORGESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
D’autant plus qu’aux Rendez-vous de la Bande Dessinée d’Amiens, les enfants sont prioritaires lors des séances de dédicaces, au plus grand bonheur des auteurs, autrices jeunesse. Zoé B. Simpson, présente dans l’espace jeunesse à l’occasion de la parution du tome 2 de Le Pêcheur et la Salamandre, un album écrit par Geoffroy Monde et publié aux éditions Dargaud, s’en réjouit : « J’ai de plus en plus d'enfants qui viennent en dédicace, c’est un vrai bonheur. »
Le manga, un vecteur d’attractivité
Ils étaient 130, scénaristes et illustrateurs confondus, répartis sur les trois week-ends du festival pour rencontrer leurs lecteurs lors des séances de dédicaces. Parmi eux, un invité était particulièrement attendu : Hiro Mashima. L’auteur de Fairy Tail (Pika), présent lors du week-end d’ouverture, a attiré les foules, notamment à l’occasion d’un événement cosplay organisé pour l’occasion.
« Le manga nous permet de faire venir une tranche d’âge qui se rend sur les conventions manga », explique Sophie Mille, directrice du festival. Une expo dédiée à l'œuvre de l'auteur, qui fête cette année ses 20 ans, offre aux nostalgiques et aux primo-lecteurs une porte ouverte sur l’univers.
« Au-delà de la mise en scène, on s’applique à chaque fois à mettre en avant l’objet livre dans les expos. Ce n’est pas parce que les ados lisent du manga qu’ils ne liront jamais rien d’autre. J’ai moi-même commencé par le manga et j’estime que ça reste le meilleur pont vers d'autres supports littéraires », estime Anthony Pardi, commissaire de l’exposition et chargé de développement culturel autour du manga sur le festival depuis cinq ans.
Des expositions pensées pour tous les âges
Si, à l’image des expositions Lucky Luke (Morris, Dupuis) et Mickey, la majorité des propositions cherche à s’adresser à tous les publics, certaines ont été conçues spécifiquement pour les enfants. C’est le cas du Buveur d’encre (Éric Sanvoisin, Nathan Jeunesse) et de Molang (Hye-Ji Yoon et Marie-Caroline Villand, Dupuis). Cette dernière, pensée pour les tout-petits, oblige les adultes à se baisser pour découvrir un espace adapté à leur taille, avant de ressortir par un toboggan qui fait la joie des plus jeunes.
Quel que soit l’âge, les espaces d'exposition fourmillent d’enfants plus ou moins attentifs aux cartels et aux planches accrochées aux murs. Les ateliers, en revanche, semblent capter plus facilement leur attention. « Dans les expositions jeunesse, on essaye de montrer les étapes de création, de proposer des exercices ludiques ou encore des tables lumineuses pour apprendre à dessiner », explique Guillaume Magni, responsable du service éducatif de l’association On a marché sur la bulle.
Table de dessin lumineuse dans l'exposition Molang- Photo LOUISE AGEORGESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Pour Guillaume Magni, l’implication des plus jeunes commence toutefois bien avant leur arrivée dans les allées du festival. Elle passe d’abord par les prix littéraires, premier dispositif de promotion de la lecture mis en place par l’association à ses débuts. « Les enfants participent déjà en partie à la programmation du festival à travers les lauréats des quatre prix littéraires, invités ensuite à venir dédicacer sur place », souligne-t-il. Cette dernière semaine était d’ailleurs consacrée à la remise de ces quatre distinctions, décernées par des jurys de primaires, collégiens et lycéens.
Une forte mobilisation des scolaires
Les scolaires occupent en effet une place centrale durant les trois semaines du festival. Au total, 2 709 élèves des Hauts-de-France et de la région parisienne ont ainsi pu découvrir l’événement. Car si le festival a gagné en ampleur au fil des années, son ambition demeure inchangée : valoriser le 9e art et favoriser l’accès aux livres auprès du plus grand nombre dans une région particulièrement touchée par l’illettrisme.
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Alors, lorsque les visiteurs ne sont pas dans les expositions, en conférence dans l’auditorium ou les différents ateliers qui rythment le week-end, certains s’accordent une pause lecture dans les espaces aménagés aux quatre coins de la Halle. Parmi les particularités du festival figurent notamment des mini-salons mobiles, de petits espaces équipés d’un matelas, de coussins et d’une bibliothèque regroupant l’ensemble des ouvrages des auteurs présents.
Une librairie qui profite de la lecture sur place
Une gratuité qui pose la question de la concurrence pour Bulle en Stock, unique librairie présente sur le festival. « Au contraire, les ventes sont en augmentation constante », explique Sophie Mille. « Pour accepter d’acheter un ouvrage, nous estimons que nos lecteurs ont avant tout besoin de se familiariser avec les œuvres. »
Une bulle de lecture- Photo LOUISE AGEORGESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Parents, enfants mais également scolaires, venus avec leur argent de poche lors des semaines qui leur étaient consacrées, sont nombreux à acheter des ouvrages sur place. Une fréquentation qui se traduit aussi dans les ventes : la librairie Bulle en Stock a enregistré un chiffre d’affaires de 155 000 euros sur l’ensemble de cette 30e édition.
Une édition tournée vers l’avenir
Une 30e édition au vert, donc pour le festival, à l’image des gros festivals de bande dessinée qui ont marqué l’année à l’image de Saint-Malo, Blois puis Lyon récemment, tous membres du Club 99.
« C’est indéniablement un succès. Le fait de pouvoir se parler entre nous, d’échanger sur nos pratiques et nos difficultés, nous permet de nous sentir beaucoup moins isolés », se réjouit Sophie Mille à propos du Club 99. La directrice estime d’ailleurs que le nouvel événement consacré à la bande dessinée appelé à succéder au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême dès l’an prochain pourrait prochainement rejoindre le réseau. Un rendez-vous qui sera notamment piloté par Céline Bagot, fondatrice du Pop Women Festival et actuelle chargée des relations presse des Rendez-vous de la Bande Dessinée d’Amiens.
Enfin, cette 30e édition marque l’une des dernières dans la Halle Freyssinet. L’association est amenée à déménager dans deux ans, à une centaine de mètres, dans un nouveau local de 11 000 m² qu’elle partagera avec le Fonds régional d’art contemporain et une école d’animation et de graphisme 3D, l’ÉSAD-Weston. De quoi donner une nouvelle envergure à l’événement.
Prix littéraires remis lors des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens
PRIX ICI PICARDIE x ACTUA BD
Le jury, composé de binômes parents/ados originaires de Picardie, a attribué le prix à l’album Les Cosmonautes, écrit par Nicolas Bary et Nina Phillips, illustré par Étienne Péran, publié aux éditions Jungle.
PRIX DES ÉCOLES D’AMIENS
15 classes réparties dans 5 écoles de la ville ont participé. Le jury, composé de 325 élèves de l’école élémentaire, a désigné Jefferson d’Antoine Ronzon, publié aux éditions Gallimard BD.
PRIX DES COLLÉGIENS DE LA SOMME
15 classes issues de 15 collèges du département ont participé. Le jury, composé de 296 collégiens, a distingué Mi-mouche – Vol. 1 : Tu veux te battre ?, de Véro Cazot et Carole Maurel, publié chez Dupuis.
PRIX RÉVÉLATION DES LYCÉENS D’AMIENS
30 classes issues de 30 lycées professionnels, techniques et agricoles ont participé. Le jury, composé de 357 lycéens, a distingué Impénétrable d’Alix Garin, publié aux éditions Le Lombard.
NOUVEAUTÉ CETTE ANNÉE : PRIX DIVERSITÉ ET ÉGALITÉ
7 classes issues de 5 lycées de la ville ont participé. Le jury, composé de 153 lycéens, a distingué Racines de Lou Lubie, publié chez Delcourt.
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