Roman/Royaume-Uni 13 février Daisy Johnson

« Le passé n'est pas un fil que l'on tire derrière nous, c'est une ancre. » Quelle forme prend-elle si elle se montre chancelante ? Gretel a une enfance singulière. Elle grandit en compagnie de sa mère, toutes deux presque coupées du monde. Elle croit qu'elles sont « deux extraterrestres, les deux dernières personnes sur Terre ». Une impression renforcée par un langage qui n'appartient qu'à elles et la croyance en un monstre menaçant, « le Bonak ». Comme s'il était l'incarnation de leurs peurs. « J'ai treize ans et tu es mon horrible, merveilleuse, effrayante mère », soutient la narratrice. Tantôt elle la couve et lui invente un monde merveilleux, tantôt elle l'étouffe dans le huis clos de leur bateau. Celui-ci prend un virage triangulaire avec l'arrivée de Marcus. Pourquoi fait-il tout basculer ?

Une chose est sûre, « même les mères ont besoin d'avoir leurs secrets ». Lorsque celle-ci disparaît, Gretel est totalement perdue. Sa quête pour la retrouver tourne à l'obsession. Le roman s'ouvre sur leurs étranges retrouvailles, des années plus tard. Trentenaire, Gretel est devenue lexicographe. Mais les mots lui manquent face à sa génitrice, atteinte d'Alzheimer. Comment traquer les souvenirs sans se noyer ? D'une grande complexité, le premier roman de Daisy Johnson a figuré parmi les finalistes du Man Booker Prize, l'an dernier. On ne saisit pas tout dans ce conte, mais il demeure fascinant par son écriture, reflétant des identités brouillées. « Nos lieux de naissance sont notre moelle - ils sont inscrits en nous. » Or « la vie, c'est plutôt quelque chose qui tourne. Comme une planète ou un satellite... ».

Daisy Johnson
Tout ce qui nous submerge - Traduit de l’anglais par Laetitia Devaux
Stock
Tirage: NC
Prix: 21,50 euros ; 336 p.
ISBN: 9782234085770

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