Les éditions Tertium, installées à Cajarc dans le Lot, ont lancé le 4 juin une campagne sur Ulule pour financer la suite de leur redressement. Les impayés de son distributeur en 2024 avaient fait perdre 74 % de son chiffre d'affaires à la maison et l'avaient placée sous la protection du tribunal de commerce de Cahors, sans qu'aucune faute de gestion soit retenue elle, assure son fondateur Régis Blanchard. Cette campagne intervient alors que plusieurs éditeurs sont confrontés à des difficultés économiques, à l'instar des éditions Le Héron d'argent, qui cessent leur activité, ou des éditions Faton, placées en redressement judiciaire le 26 mai.
La défaillance du distributeur
En 2024, le distributeur de la maison, que Régis Blanchard ne souhaite pas nommer car une procédure est toujours en cours, cesse de régler ses factures tout en continuant à vendre ses livres. Pour justifier ces impayés, le distributeur invoque un marché qui se contracte et des retours à venir, et suspend par sécurité les règlements dus à l'éditeur, nous indique ce dernier. Un pourcentage du chiffre d'affaires était pourtant déjà prélevé chaque mois pour constituer une réserve face à ce risque.
« Il a fait 12 factures et il n'en a payé aucune », résume Régis Blanchard, joint par Livres Hebdo qui voit plusieurs confrères touchés par la même défaillance partir en liquidation. Le chiffre d'affaires de la maison, de 92 000 euros, est tombé à 24 000 euros sur l'exercice de l'année 2025. L'éditeur finit par obtenir l'annulation du contrat et la récupération de ses stocks. Une fois les retours et les prestations déduits, le distributeur lui doit encore 4 700 euros de ventes et 3 500 euros de réserve. Disposant de peu de trésorerie, il sollicite la protection du tribunal de commerce de Cahors.
Après une période d'observation, le tribunal juge son plan de relance viable et lui accorde un redressement judiciaire, validé en avril 2025. L'éditeur en tire une règle : « Il ne faut pas attendre quand les soucis arrivent, sinon nous n'avons plus d'argent en caisse et on ne peut plus rien sauver. »
Un éditeur passé par l'usine
Pour financer la structure pendant cette période, Régis Blanchard a pris un emploi en usine et puisé dans ses ressources personnelles. « Quand je sors de l'usine, je m'occupe des éditions », raconte celui qui se définit comme un « éditeur ouvrier ». Désormais en redressement, il ne peut plus contracter de dette et règle ses fournisseurs au comptant à la commande, une discipline qui a transformé sa manière de travailler. « On ne sort que ce qui est vraiment utile et je pense qu'on revient à l'essence du métier », estime-t-il. La maison a publié quatre titres en avril, dont trois ont épuisé leur premier tirage.
Une campagne pour financer la relance
Resté seul à la tête de la structure, Régis Blanchard dit s'être appuyé sur la fidélité de ses auteurs ». Bloqué par les banques en raison du redressement, il s'est tourné vers le financement participatif. Lancée le 4 juin sur Ulule, la campagne « Renaissance » a franchi son premier palier en moins de 24 heures. Les fonds doivent d'abord permettre de recycler une partie des invendus et de quitter le local actuel, jugé trop coûteux, pour de nouveaux espaces à Cajarc. La deuxième étape est la réimpression de titres épuisés réclamés par les libraires, ainsi que le passage au logiciel Librisoft (2Dcom) et la refonte du site pour un accès direct des libraires.
Maison généraliste à l'assise régionale, qui édite aussi de la littérature blanche à vocation nationale sous sa marque Rivière Rouge (Gaston-Paul Effa, Alexandra Schwartzbrod, Gilles Costaz, Pierre Le Coz), Tertium revendique son ancrage dans le territoire. L'éditeur, prépare actuellement une pièce de théâtre pour février et une parution de littérature blanche signée Alain Leblanc pour septembre. Sur Ulule, la campagne « Renaissance » vise désormais un deuxième palier de 5 000 euros.
