Les auteurs ont manifesté pour leurs droits à Angoulême | Livres Hebdo

Par Anne-Laure Walter, à Angoulême, le 01.02.2015 à 10h04 (mis à jour le 01.02.2015 à 11h00) Bande dessinée

Les auteurs ont manifesté pour leurs droits à Angoulême

Manifestation samedi 31 janvier lors du festival d'Angoulême - Photo OLIVIER DION

Plus de quatre cents personnes, auteurs et lecteurs solidaires, ont participé samedi 31 janvier à une "Marche pour la création" afin de protester contre la précarisation des professionnels de la bande dessinée.

A l'initiative du syndicat Snac BD, plus de quatre cents personnes ont manifesté samedi 31 janvier en début d'après midi dans les rues d'Angoulême en marge du 42e Festival international de la bande dessinée, pour une joyeuse marche des auteurs pour la création. Et derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire "Sans auteurs, plus de bande dessinée. Les auteurs plus qu'à poil",  quelques lecteurs solidaires mais surtout des auteurs (scénaristes, dessinateurs ou coloristes), dont des têtes d'affiches comme Boulet, Lewis Trondheim, Pénélope Bagieu, Christophe Arleston, André Juillard, Fabrice Neaud, Blutch, Marion Montaigne, David B...

A l'orgine de cette mobilisation sans précédent des professionnels du 9e art, la réforme du Régime de retraite complémentaire des artistes et auteurs professionnels (Raap). La cotisation obligatoire passerait au 1er janvier 2016 à 8 % ce qui équivaut à un mois de revenus pour des auteurs  dont la majorité ne gagne pas le Smic.

Les auteurs André Juillard (Blake et Mortimer) et Pénélope Bagieu (Joséphine) en tête de cortège. - Photo OLIVIER DION
 
Si les pancartes avaient été travaillées portant des inscriptions comme "pas de droits, pas de bras", le cortège lorsqu'il a démarré sur la place du Champs-de-mars à 14h30 devant la principale bulle regroupant les stands des éditeurs, n'avait pas prévu de slogan, ce qui a entraîné quelques tatonnements bon enfant depuis "Le soleil, avec nous", "Oui aux gentils, non aux méchants" jusqu'à ce que soit trouvé "la BD est fâchée" scandé par tous les manifestants, sur le parvis de l'Hôtel de ville.  

Le scénariste Fabien Vehlmann, a alors pris la parole au nom du groupement bande dessinée du Syndicat national des auteurs et compositeurs (Snac), ouvrant son discours sur un hommage aux victimes des attentats des 7 et 9 janvier dernier. 

"Le paradoxe absolu de cette situation, c’est qu’alors même que l’on voit fleurir partout les preuves d’un puissant attachement au dessin, à la liberté d’expression et à la culture, notre profession se porte mal, nous obligeant aujourd’hui à manifester notre colère.", a-t-il déclaré. 

Appel à François Hollande et Marisol Touraine

Les auteurs s'insurgent de l'absence de concertation sur la réforme du Raap, annoncée dans une lettre en mai dernier, et rappellent qu'ils ne remettent pas en cause le "principe de la proportionnalité, mais le taux trop élevé – de 8% – choisi sans concertationqui est irréaliste, inacceptable et contre-productif au vu des revenus moyens de l’ensemble de la profession."

Ils en appellent au Président de la République François Hollande, ainsi qu'à la ministre des affaires sociales Marisol Touraine, pour négocier avec "les véritables partenaires sociaux: les organisations représentatives des auteurs et artistes".

Fabien Vehlmann a ajouté "Monsieur le Président, faut-il vous rappeler que les auteurs et les artistes, outre leur importance symbolique et culturelle, sont aussi à l’origine d’une richesse économique qui confère à leur secteur la troisième place de contributeur au PIB, devant l’industrie automobile ? "

Si le chef de l'Etat dont la venue à Angoulême avait été envisagée ne sera finalement pas présent au Festival, la ministre de la culture Fleur Pellerin, sera en revanche là dimanche 1er février et déjeunera avec quatre auteurs et quatre éditeurs. 

Cette manifestation qui a duré une petite heure après laquelle les auteurs sont retournés en dédicaces, s'inscrit dans une réflexion plus globale sur l'avenir du secteur de la bande dessinée qui connaît des difficultés liés à la baisse des ventes moyennes et à la multiplication des titres. Les professionnels s'inquiètent plus généralement de la précarisation des auteurs, et les premiers Etats généraux de la bande dessinée ont été lancés lors du festival, pour réfléchir aux défis liés à la transformation du marché de la bande dessinée.
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