L’écrivain belge Marcel Moreau est décédé à l’âge de 86 ans des suites du Covid-19 dans un Ephad de Bobigny, en Seine-Saint-Denis.
Il laisse une œuvre iconoclaste et inclassable d’une soixantaine d’ouvrages, des carnets de voyage aux journaux intimes en passant par la poésie, la fiction et la philosophie.
Né le 16 avril 1933 dans la province de Hainaut, issu d’un milieu ouvrier, il enchaîne divers petits métiers dès l’âge de 15 ans, à la mort de son père.
Premier livre remarqué
Tandis qu’il couvre les besoins financiers de sa famille en travaillant pour des artisans ou dans des usines, il se met à lire les grands classiques. En 1955, il devient correcteur au quotidien Le Soir, avant de partir en voyage à travers l’Europe. Durant cette période, il écrit ce qui deviendra son premier roman. Quintes paraît chez Buchet-Chastel en 1962, salué par la critique. Commence ainsi une œuvre frénétique, au rythme d’un livre quasiment chaque année. D’abord il continue d’être publié chez Buchet-Chastel (La terre infestée des hommes, Le chant des paroxysmes, Ecrits du fonds de l’amour). Puis Gallimard édite en 1966 Bannière de lave.
Marcel Moreau manie la langue avec lyrisme, manipule la réalité avec la fiction, son style transpirant de cette fièvre d’écriture qui l’habite. L’écriture était une pulsion incontrôlable, portée par des désirs « monstrueux », enfouis sous « une timidité aiguë ». A partir de 1968, il réside à Paris, correcteur aux éditions Alpha, et se lie d’amitié avec Anaïs Nin. Il passe chez Christian Bourgois où sept livres, de 1971 à 1979, sont publiés, dont Julie ou la dissolution (1971), L’ivre livre, préfacé par Anaïs Nin (1973) et Sacre de la femme, son thème le plus récurrent, illustré par Topor (1977).
Glissade vers la dépression
Voyageur, hanté par la mort et la vieillesse, il continue inlassablement d’écrire, même dans ses jours les plus noirs. Après la figure émancipatrice de la femme comme source d’inspiration, ses livres reflètent de plus en plus ses tourments, édités chez Luneau Ascot (A dos de Dieu, Orgambide scènes de la vie perdante, Monstre), Buchet-Chastel (Moreaumachie, Mille voix rauques), L’âge d’homme (Kamalalam), L’Ether vague (Issue sans issue, Neung conscience fiction), Lettres vives (Amours à en mourir, Noces de mort)…
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De sa dépression, on retient qu’elle l’a conduit à écrire quinze livres entre 1986 et 1993, parmi lesquels Le charme et l’épouvante (La Différence) et Stéphane Mandelbaum (Didier Devillez). Bal dans la tête, en 1995 (La Différence), fut son dernier roman.
La révolte et la mort
Vint ensuite l’amorce d’un autre cycle, plus apaisé, dédié à la beauté des femmes, adorées et sacralisées : La compagnie des femmes (Lettres vives), Insensément ton corps (Cadex), La jeune fille et son fou, Féminaire et Extase pour une infante roumaine (Lettres vives) et le poétique La vie de Jéju (Actes Sud).
Dans Corpus Christi (Denoël, 2002), il entremêle ses obsessions, soit la révolte, la mort et la femme, l’ivresse, les mots et la sensualité. Denoël réédite alors quatre de ses livres et il retrouve une reconnaissance un peu perdue au fil des ans.
Prix littéraire Canada-Communauté française de Belgique en 1977, prix de la Ville de Mons en 1983, prix Wepler en 2003, prix de la littérature francophone en 2006 (pour l’ensemble de son œuvre), son lyrisme et ses adorations, son phrasé et ses explorations intérieures le désignaient comme un archéologue fouillant l’invisible et l’insondable.
Dans une lettre à Anaïs Nin, il écrivait sa soumission au verbe, son seul Dieu : « Il ne suffit pas que l'écriture soit un chant, il faut qu'elle drogue, qu'elle enivre, qu'elle provoque chez le lecteur ces somptueuses titubations intimes sans lesquelles il n'est point de profondeur révélée. Il s'agit d'écrire un livre qui se boive, qui se danse plus qu'il se lise... »
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Par
Léon Cattan
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