Pilier de la science-fiction américaine depuis les années 1990, Dan Simmons s'est éteint le 21 février dernier à Longmont, dans le Colorado, à 77 ans. L'auteur du cycle des Cantos d'Hypérion n'avait pourtant jamais accepté d'être enfermé dans un seul genre : romans d'horreur, fresques mythologiques, polars, hommages littéraires, son catalogue a traversé les genres sans jamais s'y laisser classer, habité d'un bout à l'autre par une tonalité sombre devenue sa signature.
Né en 1948 à Peoria, dans l'Illinois, Dan Simmons grandit dans plusieurs villes du Midwest, au fil des mutations professionnelles de son père. C'est cette jeunesse itinérante au cœur de l'Amérique rurale qu'il créditera d'avoir nourri sa soif de diversité littéraire. Après des études à Wabash College, il enseigne pendant 18 ans tout en rédigeant ses premières nouvelles.
Une double consécration en 1989
C'est en 1989 que paraissent deux romans qui assoient définitivement sa réputation : Hypérion (Robert Laffont, coll. « Ailleurs & Demain », repris en poche chez Pocket) et L'Échiquier du mal (Denoël). Le premier, tête d'un cycle en six parties, reçoit le prix Hugo, la plus haute distinction en science-fiction, puis le prix Locus. Sur une architecture de space opera, Simmons greffe une narration chorale d'une grande virtuosité, entrecroisant les destins de sept pèlerins liés au mystérieux Gritche, monstre robotique au cœur des événements.
L'Échiquier du mal décroche lui aussi un prix Locus, dans la catégorie « Horreur ». Derrière la quête de vengeance d'un survivant des camps de la mort, le roman explore avec minutie les ressorts du sadisme à travers des personnages capables de contrôler les autres par la pensée. Le manuscrit de 1 500 pages avait failli « tuer » son auteur, qui enseignait encore à plein temps lors de sa rédaction.
Une œuvre aux multiples visages
Les décennies suivantes le voient explorer les mythologies grecques avec Ilium et Olympos (Robert Laffont), rendre hommage à Charles Dickens avec Drood (Robert Laffont), aux explorateurs arctiques avec Terreur (Robert Laffont). Après les attentats du 11 septembre, son ton politique s'oriente vers un conservatisme assumé, visible notamment dans Flashback (Robert Laffont, 2011). Il revient ensuite aux récits fantastico-historiques avec son ultime roman, Omega Canyon (Robert Laffont), dont la publication avait été repoussée à plusieurs reprises.
En France, ses titres totalisent 1,15 million exemplaires vendus chez les seules éditions Pocket, et 1,36 million de sorties de caisses, tous éditeurs confondus depuis 2003. Les données Nielsen IQ BookData de la base Electre n'allant pas au-delà de 2003, il faut néanmoins ajouter une quinzaine d'années de ventes supplémentaires, ce qui porte le cumul réel à environ 2 millions d'exemplaires.
