« Il y a des auteurs qu'on aime à travers leurs livres, et d'autres qu'on aime à travers leur façon d'être au monde. Jean-Paul Krassinsky était des deux. » C'est par ces mots que commencent les premières lignes du communiqué des éditions Dupuis publié ce mercredi, annonçant la disparition du dessinateur Jean-Paul Krassinsky, décédé mardi 31 mars, à l'âge de 53 ans. Né le 25 novembre 1972, il avait fait des relations amoureuses le fil conducteur de son œuvre, de l'album Les Cœurs boudinés (Dargaud, 2005) à Toutoute première fois (Fluide Glacial, 2009). « Ceux qui le connaissaient vantaient volontiers ces deux qualités jumelles, l'humour et la pudeur », souligne l'éditeur.
Une œuvre entre amour et satire
« Il y avait aussi chez Krassinsky une veine anticléricale assumée, presque jubilatoire », poursuit Dupuis. Le Crépuscule des idiots (Casterman, 2016), fable animalière dans la tradition du conte philosophique, explorait la naissance des religions et la puissance de la bêtise humaine. La Fin du monde en trinquant (Casterman, 2019) mettait en scène un savant des Lumières confronté à l'obscurantisme sibérien. Dans les deux cas, selon l'éditeur, « Krassinsky ne prêchait pas : il regardait, il se moquait, et laissait ses animaux faire le travail. » Il signait aussi des scénarios pour d'autres auteurs, « sans jamais perdre le fil de ce qui l'intéressait vraiment », changeant de forme à chaque album selon ce que l'histoire demandait.
Aquarelles arctiques et projet inachevé
C'est dans les paysages nordiques que son trait se révélait peut-être le plus accompli. Avec De pierre et d'os, adaptation du roman de Bérengère Cournut paru chez P.O.L (Dupuis, 2025), il suivait une jeune Inuite séparée des siens sur la banquise. « Krassinsky avait la conviction que les émotions se trouvent toujours sous les yeux et qu'il n'y a qu'à regarder », note la maison d'édition.
Il travaillait au moment de sa mort sur l'adaptation de Rose Royale, la novella de Nicolas Mathieu (Actes Sud), qui ne verra pas le jour. « Il nous laisse de magnifiques albums. Et les images nombreuses d'une banquise, d'êtres qui se débattent dans leurs tempêtes, et quelque part dans ce blanc absolu, quelque chose qui ressemble à de l'amour, de la survie, du courage. C'était Krassinsky, tout entier », conclut Dupuis.
Dans un communiqué, les éditions Dargaud lui rendent aussi hommage : « Jean-Paul avait de multiples talents qui s’exprimaient dans chacune de ses créations, témoignant d’une volonté profonde d’innover, de (se) surprendre, d’explorer de nouvelles voies. Ces dernières années, il s’était lancé dans la peinture, réalisant de nombreuses aquarelles dans le quartier de la gare de Lyon où il vivait, prodiguant parfois des conseils à ses amis dessinateurs avec qui il aimait se retrouver dans un restaurant de cuisine orientale… Curieux, observateur, intelligent, ouvert, drôle, Jean-Paul nous laisse une œuvre d’une richesse insoupçonnée et, surtout, d’innombrables souvenirs joyeux »
Jean-Paul Krassinsky devait être l’invité d’honneur de la prochaine édition du festival Le Livre à Metz, du 10 au 12 avril 2026. Le festival a indiqué lui rendre hommage et que l’événement lui sera dédié.
