Roman/Turquie 5 mars Burhan Sönmez

« Tout le monde a une histoire, mais la sienne est perdue, égarée. » Alors que Boratine croit sortir des bras de Morphée, il comprend qu'il se trouve à l'hôpital. Il a visiblement tenté de se suicider en sautant dans le Bosphore. Son corps a survécu, mais qu'en est-il de sa tête ? Le miraculé ne se souvient plus de rien. Et pour cause, il est totalement amnésique. Le goût du pain au sésame lui revient, cela ne suffit cependant pas à reconstituer une vie. « Le futur est aussi loin de nous que le passé. Personne ne songe à son passé tant qu'il en possède un. » Sa mémoire renferme son histoire, or il n'y a plus accès. Son fidèle ami, Bek, est là pour l'aiguiller un peu. Il lui apprend qu'à 27 ans, Boratine était un chanteur très apprécié. Autres éléments, il possédait : « Une guitare. Une grande sœur. Quelques amis. » Son téléphone ne cesse de sonner, mais aucun nom ne lui semble familier. Pour l'heure, il ignore si c'est une frayeur ou une seconde chance. « La clé, c'est moi ; c'est la porte que je cherche. »

Cette quête identitaire ne peut qu'être solitaire. Un thème qui figurait déjà dans le somptueux premier roman de Burhan Sönmez, Maudit soit l'espoir. L'avocat d'Asli Erdogan y confrontait la prison au pouvoir de l'imaginaire. Un univers clos, où les mots constituent une évasion à part entière. « Il existe une langue qu'on parle à l'extérieur, il en est une autre pour dialoguer avec soi-même. » L'écriture en représente une troisième, puisqu'elle permet de tisser des ponts avec les autres. Boratine y va à tâtons car ce personnage kafkaïen a perdu les fils qui le relient à son être. Loin de les chercher à tout prix, il laisse les choses venir à lui.

La ville d'Istanbul se prête bien à ses errances. Elle se situe, après tout, entre deux rives, deux continents, deux mouvements contradictoires. Celui d'aller de l'avant et celui de régresser vers un passé oppressant. Un sentiment aliénant qui correspond à la Turquie d'aujourd'hui. Tout en subtilité, Burhan Sönmez ne l'aborde pas de front ; il préfère le roman, métaphorique et philosophique, dans lequel chacun peut se projeter à sa guise. La question de l'identité habite les pays et les êtres. Peu importent les réponses... Le héros ne « connaît pas le chemin des étoiles. Il ne connaissait rien de cette vie. » Mais au fil des pages, « il est né de lui-même. Conscient d'exister ».

Burhan Sönmez
Labyrinthe
Gallimard
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 20 euros ; 24 p.
ISBN: 9782072838347

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