Roman/Suisse 3 janvier Antoinette Rychner

L'Apocalypse est le livre de saint Jean sur la fin des temps. A l'approche de l'an mil on croyait dur comme fer que le monde arriverait à son terme avec le nouveau millénaire. Au XXe siècle, les deux conflits mondiaux - la boucherie des tranchées, les pluies de feu et d'acier, les tueries de masse, la Shoah, Hiroshima... puis la Guerre froide n'ont pas atténué le sentiment que la fin attendait au tournant. La peur a engendré toute une littérature d'anticipation d'un monde après la Bombe, d'un monde après notre monde humain, tel La planète des singes de Pierre Boulle. Aujourd'hui, il est encore des fous de Dieu et autres millénaristes convaincus d'un embrasement universel aux flammes purificatrices de nos turpitudes. Ce que les djihadistes radicaux n'auront pas achevé, le changement climatique s'en chargera. On va droit dans le mur, si tant est que le mur ne se soit pas déjà effondré, que notre civilisation vouée à disparaître n'est pas à deux doigts d'être un éboulis de gravats. Bienvenue en collapsologie !

Dans Après le monde, Antoinette Rychner imagine qu'en 2022, un cyclone monstrueux a dévasté la côte ouest des Etats-Unis, provoquant des dégâts tels que les assurances, incapables de rembourser, entraînent la faillite du système financier américain et, par effet domino, du système bancaire mondial. Rien ne sera jamais plus comme avant. Plus d'argent, plus de ressources, plus de communications, adieu confort moderne et réseaux sociaux. L'auteure suisse, née en 1979, loin d'avoir composé un tombeau pour notre civilisation, mêle au pathétique le tableau d'une société hyperconsumériste qui marche sur la tête l'aventure et les péripéties liées à la survie de l'homo œconomicus à l'ère de la glaciation des avoirs. Elle tresse des récits d'avant et après la catastrophe narrés par divers personnages (toutes des femmes), en les ponctuant par une « épopée » chantée par un duo de « bardesses », Barbara et Christelle, comme pour conserver la mémoire du monde.

Dans la forêt, l'état de « nature », l'humain se révèle - le système D frise parfois la barbarie. Mais des solidarités peuvent aussi faire rêver d'utopie, surgir de nouveaux modes de vie, « Ikea n'étant plus là pour nous meubler ni H&M pour nous vêtir ». Si l'on voit bien sa thèse, Antoinette Rychner, également femme de théâtre, use de distanciation brechtienne. Après le monde n'est pas un roman à thèse (nul prêchi-prêcha écolo mais une conscience climatique), une satire « cli-fi » portée par une douce ironie et une vraie écriture.

Antoinette Rychner
Après le monde
Buchet Chastel
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 19 euros ; 288 p.
ISBN: 9782283033258

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