Plus que chat. « Y a pas mort d'homme ! »... L'expression s'emploie pour signifier des ennuis véniels auxquels on survivra. Quand il y a mort d'homme, ou de femme, le drame humain est là, qui impose quelques tournures plus adéquates à la gravité de la situation. À la personne endeuillée, on présente ses condoléances. Si nos rapports avec elle sont plus familiers, on peut se fendre d'un « de tout cœur avec toi », mais que dit-on quand quelqu'un a perdu son chat ?
Dans Grave, Laure Gouraige revient sur la mort d'Umbra, sa chatte, « mon chat », dit l'autrice de ce récit qui préfère utiliser le masculin non pollué par les connotations salaces. 18 ans, très malade, Umbra est amenée chez le vétérinaire pour une euthanasie qui provoque chez la maîtresse de l'animal un irrémissible chagrin. Il n'y a pas de mots... tant et si bien que l'écrivaine demeure muette devant ce vide que lui laisse sa féline compagne en mourant. Quand justement on cherche à la consoler pour un deuil qui, somme toute, à l'aune de la hiérarchie des espèces dans le règne animal, semble moindre, Laure Gouraige encaisse. Pas mort d'homme, justement. Qu'est-ce qu'il ne faudrait pas entendre ! Elle a beau s'être décidée à écrire sur feu son chat, ça ne vient pas... C'est alors qu'une autre mort percute celle de son animal de compagnie. « Grand-mère », 97 ans, meurt. Là, si les commisérations sont sincères et à la hauteur de la funeste occasion, l'âge de l'aïeule comme raison d'accepter cette fin à laquelle il fallait bien s'attendre n'est pas, aux yeux de la petite-fille de la défunte, un motif recevable. En outre, la disparition d'un être humain, d'un parent qui plus est, n'atténue en rien la peine éprouvée à cause de la mort du chat. Le second deuil ne fait que réactiver le premier. Ainsi les deux pertes combinées, redoublant le poids de la douleur, entraînent-elles l'autrice en panne vers la voie de l'écriture.
Bien plus que l'éloge funèbre de son chat, Grave, sans avoir l'air d'y toucher, met le doigt sur la partie animale en soi- notre incapacité viscérale à concevoir la mort, le néant du non-être. On peut toujours croire à l'âme, à sa survivance au-delà du trépas, mais le véritable scandale de la mort, c'est la fin du corps : la chaude fourrure d'Umbra dont ne restent que de frêles souvenirs de sensation au bout des doigts, le foulard de Grand-mère que la narratrice renifle avec nostalgie.
Grave. Trois phrases sur la mort de mon chat
Les Intranquilles
Tirage: 4 500 ex.
Prix: 14 € ; 92 p.
ISBN: 9782387550101
