Rendez-vous bisannuel dédié à la littérature américaine, le Festival America réunit à Vincennes lecteurs français et auteurs venus d'outre-Atlantique. Pour cette édition anniversaire, marquée par les 250 ans de l'indépendance américaine, une soixantaine d'auteurs sont attendus quatre jours durant.
Il est 17h55, au 98 rue de Fontenay à Vincennes, dans le Val-de-Marne. On pousse les portes de l'Auditorium Jean-Pierre Miquel, une salle de 284 places nichée dans le bâtiment Cœur de Ville de l'architecte Henri Gaudin, réputée pour compter parmi les meilleures acoustiques de France. Ce soir, la salle est comble et bruyante, et dès l'accueil, l'accent américain domine. Au-devant de la scène, une soixantaine d'auteurs prennent place, avant le début de la présentation de l'édition.
Le rendez-vous n'a rien d'anodin. Présentée en juin au restaurant Joe Allen, cette 12e édition réunit une cinquantaine de romanciers et une dizaine d'historiens et journalistes états-uniens.
Une édition sans l'ambassade américaine
Pour la première fois depuis sa création en 2002, le festival se tient sans le soutien de l'ambassade des États-Unis et du Département d'État. Cette aide avait accompagné sans interruption toutes les éditions depuis la première. Fin août, l'ambassade a fait savoir que la subvention habituelle serait reconduite, mais amputée de 80 %. Le festival a choisi de la refuser et de rompre le partenariat. La contribution américaine représentait environ 3 % du budget total. L'ironie tient au calendrier : la rupture tombe l'année où le Festival America consacre toute sa programmation aux États-Unis, avec la plus grande délégation d'écrivains américains jamais réunie en France.
Francis Geffard, fondateur et directeur du festival, ouvre la présentation devant la salle. « Je remercie chacun des écrivains d'avoir accepté notre invitation. Nous sommes heureux de les accueillir pour ces quatre jours et cette douzième édition », lance le fondateur et directeur du festival. Puis, en allusion au contexte : « La relation entre les États-Unis et la France est très ancienne. Elle a été un peu mise à l'épreuve récemment. Mais cela ne change rien au goût des lecteurs français pour la littérature américaine. » Et de conclure : « On vit dans un monde sombre. On a besoin que la lecture et les livres soient un phare de lumière. »
La ville et le CNL à la tribune
À 18h20, la cérémonie se poursuit, en français et en anglais, avec le dévoilement de tous les auteurs présents. Deux partenaires du festival se succèdent au micro. Charlotte Libert-Albanel, maire de Vincennes, ville hôte depuis l'origine, rappelle ce que la manifestation représente pour la commune. « Dans cette époque fracturée, qui oppose plutôt qu'elle ne rassemble, un festival comme celui-ci est une chance pour une ville comme la nôtre », affirme-t-elle, avant d'ajouter : « Nous avons besoin de médias qui relatent sans se faire dicter quoi que ce soit. Nous avons tout simplement besoin de liberté. » Olivier Lombardie, directeur général du Centre national du livre, autre soutien de l'événement, lui succède pour saluer l'équipe du festival et rappeler l'anniversaire des 250 ans.
L'émotion de l'hommage à Maggie Doyle
Le ton bascule quand Francis Geffard rend hommage à l'une des siennes. L'éditrice Maggie Doyle, disparue début septembre, Irlandaise installée en France depuis les années 1980, d'abord agente littéraire puis longtemps directrice de la littérature étrangère chez Robert Laffont, y a accompagné Margaret Atwood, John Banville, Michael Chabon, Ken Follett ou Colm Tóibín. L'émotion gagne la salle. « Maggie aimait la vie, Maggie aimait les livres, Maggie aimait les écrivains, dit Francis Geffard. Elle est venue plusieurs fois au Festival America. Nous l'avons tous aimée. »
L'éditrice Maggie Doyle, disparue début septembre, à qui le festival a rendu hommage sur grand écran.- Photo ANATOLE LANNEAUPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Le discours engagé de Karen Russell
La romancière Karen Russell, dont le dernier roman se déroule pendant la sécheresse du Dust Bowl, monte à son tour et livre la prise de parole la plus frontale de la soirée. « Nous sommes ici parce que nous savons que les mots ont du pouvoir, dit-elle. Les histoires peuvent illuminer, révéler, guérir, créer. Elles peuvent aussi terroriser, déformer, effacer et détruire. »
Elle dit ensuite sa colère face à la situation de son pays, et la dissonance qu'il y a, selon elle, à célébrer les idéaux américains de liberté alors que Washington soutient des politiques qu'elle juge violentes, de la Palestine aux villes américaines. « Le mythe de l'exceptionnalisme américain est un mythe terriblement solitaire », tranche-t-elle, avant de refermer sur un poème de Luis Valdez que ses enfants récitent chaque matin à l'école.
À 19h45, la cérémonie laisse place à un concert de jazz, puis le public rejoint la mairie de Vincennes, en face de l'Auditorium, pour un cocktail. Le festival déroulera ensuite quatre jours de rencontres jusqu'au dimanche 27 septembre, entre les grands entretiens « L'Amérique de… », les débats des « Scènes USA », le Forum des écrivains et un salon du livre gratuit.
Le prix Page / America à Madeline Cash
L'Américaine Madeline Cash est la lauréate du prix du roman Page / America 2026 pour Les Brebis égarées (Denoël), traduit par Barbara Tajan et Alexandre Civico. Le prix lui a été remis ce vendredi 25 septembre à 13h30, en ouverture du Café des libraires, sous le Magic Mirrors du cours Marigny.
Décernée par un jury de 130 libraires et bibliothécaires, la récompense distingue un premier roman nord-américain de la rentrée. Trois autres titres étaient en lice : En attendant Marky Moon de Natalie Adler (Phébus), Le Grand rêve noir de Rob Franklin (Autrement) et Alaska Parano de Jake Maynard (Actes Sud / Gaïa).
Depuis sa création en 2012, le prix a révélé plusieurs voix majeures, de Chad Harbach à Hernán Díaz, en passant par Leila Mottley ou Khashayar J. Khabushani, lauréat 2024 pour American Boys (Denoël), traduit par Charles Bonnot.
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