Il est 9h30, au 30 rue Pierre Lescot, dans le Ier arrondissement de Paris. On pousse la porte du restaurant Joe Allen sans remarquer immédiatement que l'on est au bon endroit : nappes à carreaux rouge et blanc, affiches vintage aux murs, croissants et cafés disposés sur les tables. C'est ici que Francis Geffard, président et fondateur du festival America, prend la parole devant éditeurs, libraires et journalistes pour présenter l'édition 2026 du rendez-vous biannuel dédié aux littératures nord-américaines, prévue du 24 au 27 septembre à Vincennes.
Une édition ancrée dans le contexte américain
Le choix de cette 12e édition est assumé dès l'ouverture. Pas de Mexicains, pas de Canadiens, pas de Québécois : Francis Geffard préfère réunir une cinquantaine de romanciers et une dizaine d'historiens et journalistes états-uniens plutôt que de laisser les débats dériver vers les tensions géopolitiques actuelles. 40 000 festivaliers sont attendus cette année, pour une manifestation qui mobilise quelque 300 bénévoles et réunit 60 invités autour de plus de 150 rendez-vous. « La relation entre les Français et la littérature américaine est ancienne et traverse toutes les périodes, y compris des périodes de crise », pose-t-il d'emblée.
La thématique « USA, état des lieux » s'inscrit dans le cadre du 250e anniversaire de la Déclaration d'indépendance, célébré le 4 juillet prochain. Si le nom du président américain Donald Trump ne figure dans aucun intitulé de rencontre, Francis Geffard concède qu'il « sera forcément présent dans la parole des auteurs ». Le festival a fait le choix de la fiction plutôt que du commentaire politique.
Joyce Carol Oates, marraine d'une édition anniversaire
Les 60 invités couvrent un spectre large de la création américaine contemporaine. Joyce Carol Oates, l'une des romancières américaines les plus prolifiques et récompensées de sa génération, est la marraine de cette édition, avec deux rencontres dédiées dont une intitulée « L'Amérique de Joyce Carol Oates ». Elle sera notamment à l'honneur au Café des libraires, animé par Maëtte Chantrel, dans un format présenté comme l'événement du rendez-vous.
Seront également présents John Grisham, maître reconnu du thriller juridique, de Ta-Nehisi Coates, essayiste et romancier devenu l'une des grandes voix de la littérature afro-américaine, de Colum McCann, Jesmyn Ward, double lauréate du National Book Award, Viet Thanh Nguyen, prix Pulitzer 2016, Jay McInerney ou encore Tommy Orange.
Le roman graphique occupera également une place de choix avec Alison Bechdel, Emil Ferris et Noah Van Sciver, cette dernière faisant l'objet d'une rétrospective à l'Espace Sorano. Barbara Kingsolver et Louise Erdrich, figure majeure de la littérature des premiers Américains, seront présentes en visioconférence.
Ambiance diner américain pour la conférence de presse du Festival America- Photo A.LPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Un plateau ancré dans la diversité des voix américaines
Interrogé sur la composition du plateau, Francis Geffard revient sur une évolution profonde : « À une époque, la littérature américaine était réservée à des écrivains blancs, anglo-saxons, protestants, hétérosexuels, nous confie-t-il en marge de la conférence de presse. Ce qui a beaucoup compté, c'est la multiplication de ces voix qui offrent le paysage d'une Amérique beaucoup plus diverse et beaucoup plus riche sur le fond. » Sur la vitalité de cette littérature, il ajoute : « Elle est l'une des rares littératures universalistes. N'importe qui aujourd'hui encore peut devenir un écrivain américain simplement en adoptant la langue anglaise. »
La programmation s'articule autour de plus de 150 rendez-vous : Forum des écrivains, tables rondes thématiques des « Scènes USA », et trois soirées dont un concert lecture « Voix d'Amérique » et une soirée réunissant Ta-Nehisi Coates, Jesmyn Ward, Viet Thanh Nguyen et Tommy Orange.
Thomas Snégaroff, historien et auteur spécialiste des États-Unis, présentera également un spectacle intitulé « Ils ne méritent pas tes larmes » autour des droits civiques. Chaque rencontre durera désormais une heure et quart, avec traduction consécutive.
Un modèle fragile, une ambition intacte
Quelque 40 maisons d'édition françaises et francophones seront représentées au Salon du livre, aux côtés de 10 librairies indépendantes. Le festival bénéficie du soutien du ministère de la Culture, du Centre national du livre, de la région Île-de-France et de la ville de Vincennes. Francis Geffard souligne néanmoins la fragilité du modèle : « Le festival America ne repose que sur le travail de bénévoles. Nous n'avons aucun permanent, nous n'avons aucun salarié à l'année. » Les coûts ont augmenté d'environ 40 % depuis 2020, sans que les subventions publiques suivent la même trajectoire.
Francis Geffard conclut sur les raisons qui attirent les écrivains américains en France : « Pour eux, c'est le pays par essence de la littérature, de la culture. Être publié en France représente à leurs yeux quelque chose de particulier. » À l'occasion du festival, trois prix littéraires seront remis, dont le prix Page/America, qui récompense un premier roman traduit de la rentrée littéraire.
