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L'Affaire Matzneff : révélations et perquisition

Gabriel Matzneff - Photo (C) OLIVIER DION

L'Affaire Matzneff : révélations et perquisition

Plusieurs noms de personnalités soupçonnées d’avoir aidé Gabriel Matzneff ont été cités dans l’enquête du New York Times sur l’affaire Matzneff, publiée le 11 février. Ce mercredi, une perquisition a été menée chez Gallimard. 

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Par Alexiane Guchereau,
Créé le 12.02.2020 à 19h13,
Mis à jour le 28.02.2020 à 14h01

Les noms de plusieurs personnalités soupçonnées d’avoir protégé ou aidé Gabriel Matzneff, ont été cités dans un article du New York Times sur l’affaire, publié le 11 février. Ce mercredi, une perquisition a aussi été menée chez Gallimard, selon une information de Médiapart.
 
L’article du New York Times s’interrogesur une potentielle protection de l’Élysée dont aurait pu bénéficier Matzneff après avoir rappelé qu’en 1986, les policiers avaient déjà convoqué l’écrivain après avoir reçu des lettres anonymes qui ont affirmé qu’il vivait dans un hôtel avec Vanessa Springora, alors adolescente.

Invité à l'Elysée
 
"Il s’était bien rendu au commissariat, mais avec un talisman en poche : un article très élogieux à son égard, signé par François Mitterrand, le président à l’époque. Ce dernier avait remarqué M. Matzneff vingt ans plus tôt, lors de la sortie de sa première collection d’essais, Le Défi" relate le quotidien américain. "Cela lui a tellement plu qu’il l’a offert à ses fils qui devaient avoir 15, 16 ans… et il m’a invité à déjeuner » a précisé Matzneff au New York Times.  Toujours selon le journal, "le président a continué à fréquenter ce jeune écrivain prometteur dont il demeura admiratif, même après la parution des Moins de Seize ans (Léo Scheer, 1974)".
 
François Mitterand a également signé un article dans une revue culturelle éphémère, Matulu, pour un numéro spécial consacré à Gabriel Matzneff, en juillet 1986. "Dans son livre, Mme. Springora se souvient qu’"en cas d’arrestation, il pensait que la chronique de Mitterrand aurait le pouvoir de le sauver" rapporte le New York Times.
 
Le quotidien cite également Denis Tillinac, ex-directeur de  La Table Ronde qui "se souvient avoir pensé qu'il devait être en prison" et qui avait refusé de publier ses carnets intimes. "Mais non, il n’est pas en prison, il est reçu et choyé par le président de la République, Mitterrand." avait-il déploré.
 
Les factures d’hôtel payées par Yves Saint Laurent
 
Parmi, les personnalités soupçonnées d’avoir directement protégé Gabriel Matzneff figurent Christophe Girard, Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent. Matzneff a expliqué au New York Times que les factures d’hôtel dans lequel, rappelle le quotidien, il était installé avec Vanessa Springora, ont été réglées par Yves Saint Laurent par l’entremise de l’actuel adjoint à la Culture de la mairie de Paris et candidat sur les listes "Paris en commun", Christophe Girard. "L’arrangement lui avait permis de se remettre d’une opération de l’œil, et d’"échapper aux visites de la Brigades des mineurs (qu’il appelle des “persécutions”)" selon Vanessa. Springora" relaie le quotidien.

Les propos tenus par Christophe Girard interpellent aujourd’hui les enquêteurs. Gabriel Matzneff a en effet précisé au quotidien américain qu’il se rappelait encore des promesses de Christophe Girard et notamment du fait qu’il "s’occupait de tout, des repas, de tout " assurant que "c’est une goutte d’eau, ce n’est rien, nous vous aimons beaucoup". L’auteur des Moins de seize ans a même été jusqu’à préciser que ce mode de financement "a duré deux ans".

En 2002, Christophe Girard aurait aussi fait pression pour que Gabriel Matzneff obtienne une allocation annuelle à vie du Centre National du Livre, un privilège rarement attribué, comme l’a révélé son directeur actuel, Vincent Monadé, au quotidien L'Opinion.
 

Christophe Girard dans la tourmente

Christophe Girard, actuel adjoint à la culture d’Anne Hidalgo et candidat aux municipales dans le XVIIIème arrondissement, pourrait abandonner son mandat selon un texte daté du mercredi 12 février sur Paris Culture sociale qui se définit comme étant "le site d'informations sociales syndicales et culturelles" de la ville de Paris. "La question se pose du maintien en poste de ce dernier jusqu’à la fin de la mandature qui prend fin pourtant dans un mois à peine" explique le texte.
Si Anne Hidalgo valide le licenciement, Christophe Girard sera aussi exclu de la liste des municipales et ce sera "sans doute la fin de sa carrière politique à Paris" estime le blog.

Christophe Girard a répliqué par communiqué, publié sur son compte twitter. Il affirme avoir soutenu de nombreux écrivains et artistes à travers ses fonctions de Secrétaire Général de maison Yves Saint Laurent et ne nie pas que Gabriel Matzneff fasse partie de cette liste. Il aurait agit sous les ordres de Pierre Bergé. Il ne se souvient pas avoir signé une lettre de recommandation pour que l'écrivain obtienne son allocation du CNL.

Les défenseurs de Matzneff

L’article cite d’autres personnalités ayant défendu l’écrivain dans les années 1980 comme Josyane Savigneau, rédactrice en chef du Monde des livres de 1991 à 2005, qui avait critiqué en public Denise Bombardier, la seule femme à avoir dénoncé les pratiques sexuelles de Matzneff, l’écrivain et éditeur Philippe Sollers, qui avait fustigé la journaliste québécoise " en l’affublant d’un terme sexuel grossier ", et l'avocat Emmanuel Pierrat, qui lui a présenté en 2005 un éditeur, Léo Scheer, pour la réédition des Moins de seize ans.
 
Dans un tweet publié le 7 janvier, Alexis Poulin affirmait que Gabriel Matzneff vivait dans un appartement payé par Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent et affirme que le fondateur de Causeur, Roland Jaccard, intime de Matzneff "draguait" avec lui.



Gabriel Matzneff jouirait depuis 1994, à l'époque où Jacques Chirac était maire de Paris, d’un logement HLM attribué par la villes, situé dans un immeuble ancien du Quartier latin. Le logement, un studio situé au premier étage d’une superficie de 34 mètres carrés, lui aurait été loué pour 348 euros par mois, un montant confirmé par la ville de Paris au Parisien, qui avait révélé l’information.

Perquisition chez Gallimard

Après s’être déjà rendus dans les locaux de Gallimard le 10 janvier pour saisir seize exemplaires des livres de Gabriel Matzneff en vue d’un procès, les locaux de l'éditeur ont été perquisitionnées pour la première fois, mercredi 12 février, dans le cadre de l’enquête ouverte pour "viols commis sur mineur de moins de quinze ans" à l’encontre de l’écrivain Gabriel Matzneff, selon Médiapart.
 
Les enquêteurs cherchent cette fois ci à retrouver des écrits inédits de Matzneff, notamment cités dans Le consentement par Vanessa Springora (Grasset, 2020). Les écrits auraient été "conservés par l’écrivain  dans un coffre-fort que les services enquêteurs ont localisé", d’après Médiapart.

Christian Giudecelli dans le viseur

Les enquêteurs cherchent également à définir en particulier l’implication de Christian Giudicelli, qui aurait en effet "accepté de cacher chez lui des lettres et les photos de Vanessa Springora compromettantes pour Gabriel Matzneff". L’auteur des Spectres joyeux (Gallimard, 2019) a également accompagné celui des Moins de seize ans dans ses nombreux voyages aux Philippines, au cours desquels Gabriel Matzneff a revendiqué des relations sexuelles avec des enfants de 11 ans.
 
Dans son dernier roman, Giudicelli se définit comme étant "le fidèle complice de Matzneff ". Il évoque également "une inaltérable complicité" qui l’unit à Matzneff dans un texte intitulé "Gabriel infiniment aimable", publié au sein de Gabriel Matzneff (éditions du Sandre, 2010) rapporte Mediapart. Selon le New York Times, Giudicelli aurait également aidé à garantir l’attribution du prix Renaudot à Gabriel Matzneff en 2013.
 
Hier, le procureur de la république a annoncé sur Europe 1qu'il lançait un appel à témoins sur les réseaux sociaux pour tenter de retrouver victimes ou des témoignages susceptibles d’être utiles à l’enquête. Ce mercredi 11, à la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, Gabriel Matzneff était cité à comparaître par l'association de prévention contre la pédophilie l'Ange Bleu, qui, sur la base de trois articles parus entre fin décembre et début janvier dans l'Obs, le Parisien et l'Express, accuse l'écrivain d'avoir fait l'apologie d'actes pédophiles "et précisément de crime de viol aggravé" en évoquant la relation qu'il a eue avec Vanessa Springora. L'affaire sera jugée le 28 septembre 2021.



 

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