La nécessité de l'ePub vérifiée par l'exemple | Livres Hebdo

le 08.04.2016 à 18h21 (mis à jour le 08.04.2016 à 19h00) ePub Summit

La nécessité de l'ePub vérifiée par l'exemple

Pierre Danet, Bill Mccoy et Denis Mollat. - Photo H. HUGUENY/LH

La seconde journée de l'ePub Summit organisé à Bordeaux a été consacrée à des situations concrètes, illustrant la nécessité de trouver une solution de réelle interopérabilité pour les libraires.

Consacrée à des situations concrètes, la seconde journée de l'ePub Summit organisée les 7 et 8 avril à Bordeaux par l'EDRLab dans la salle de conférence de la librairie Mollat a illustré l'attente, des libraires notamment, pour disposer enfin d'une solution de diffusion de livres numériques les libérant des contraintes techniques qui exaspèrent souvent leurs clients. C'est ce qui justifie l'investissement du Cercle de la librairie (1) parmi les membres fondateurs d'EDRLab, dans la mesure où c'est un réel intérêt interprofessionnel, correspondant à la mission de l'association qui regroupe éditeurs et libraires, a souligné Denis Mollat, président du Cercle.

"Nous attendons vraiment cette nouvelle solution LCP qui remplacera le système d'Adobe. Il nous vaut beaucoup de reproches de la part de clients que nous risquons de perdre à cause de ces problèmes de fonctionnement, et je me demande si nous ne nous sommes pas lancé trop tôt", a déclaré Philippe Goffe. Gérant de la librairie Graffiti, à Waterloo (Belgique), il est aussi président du réseau Librel, créé l'an dernier et qui regroupe le service numérique d'une trentaine de librairies indépendantes en Wallonie.

Remplacer Adobe

LCP est le système de gestion de droits de livres numériques et de protection des fichiers (DRM), conçu par la fondation Readium, qui doit être opérationnel à la fin de l'année et qui permettra de remplacer progressivement la solution d'Adobe. Sa conception est source des nombreux problèmes techniques auxquelles sont confrontées les libraires numériques qui n'ont d'autre choix que d'essayer d'en traiter les conséquences. Chez Amazon, Apple, ou Kobo, qui sont autant de systèmes fermés, ce problème ne se pose pas, leur donnant un avantage concurrentiel technique alors qu'en matière de prix, ils sont soumis aux mêmes règles.

En Norvège, le problème de verrouillage des fichiers ne se pose pas, le marché du livre étant protégé par l'étroitesse du bassin linguistique. Les éditeurs ont jugé qu'un simple marquage des livres numériques, au nom de l'acheteur, suffisait à contenir la diffusion et l'échange en deçà du piratage. La distribution, qui doit passer impérativement par le seul entrepôt numérique BokBasen, a en outre dissuadé Amazon de s'implanter a expliqué sa représentante, Bente Franck-Satervoll. Mais cette règle a aussi sorti les libraires du marché des bibliothèques, les éditeurs vendant en direct.

Au Québec, le succès du livre numérique est avant celui du prêt en bibliothèque. "En trois ans, deux millions de prêts ont été enregistrés", précise Jean-Philippe Bougie, chef développeur chez Demarque, plateforme de distribution utilisée également en Europe. La DRM d'Adobe est indispensable pour gérer le prêt, mais elle coûte cher aux bibliothèques, qui attendent impatiemment la mise en oeuvre de la LCP de Readium, bien plus compétitive. "Il faudra toutefois gérer une longue période de transition, le temps de remplacer le parc actuel de liseuses qui ne sont pas adaptées", ajoute Jean-Philippe Bougie.

La situation en Italie est exactement inverse de celle que connaît la Norvège: piratage intense, et marché dominé presque totalement par Amazon, Apple, Google et Kobo. Les éditeurs vendent ce qu'ils peuvent en direct. Une DRM simple serait donc la première étape technique d'une implantation numérique pour les libraires indépendants, explique Francesca Noia, représentante de la plateforme de distribution Edigita.

Aux Etats-Unis, Ron Martinez a vu un marché dans cet oligopole de revendeurs, en proposant une solution simple de vente de livres numérique ou papier sur Internet, dont la caractéristique est de s'insérer très facilement dans les pages des réseaux sociaux, sous forme d'un bouton d'achat. Baptisée aer.io, elle peut être reprise par tous, y compris des libraires, mais elle intéresse surtout les auteurs indépendants, qui peuvent transformer leur blog, page Facebook ou compte Twitter en lieu de vente. Elle a aussi été jugée assez convaincante pour qu'Ingram, premier distributeur de livres aux Etats-Unis, rachète l'entreprise l'an dernier.

Expériences de création

La journée a aussi permis de présenter des expériences de création en ePub3, qui tiennent parfois encore de l'expérimentation et de la réflexion sur les façons de traduire en numérique tout le sens en général intuitif que porte le livre en tant qu'objet, ou qu'il diffuse dans l'organisation de son contenu, tout particulièrement dans l'illustré. Samuel Petit, cofondateur d'Actialuna, créateur de Sequencity, solution de librairie numérique et reader de bande dessinée, a ainsi évoqué l'état des analyses réalisées avec un chercheur de l'université Pierre et Marie Curie, dans la transcription du design de la BD en livre numérique.

Des éditeurs jeunesse (Nathan Jeunesse, l'Apprimerie), studio de création (Creative Digital Book Factory) ou éducation (Nathan) ont aussi présenté leurs créations concrètes en ePub3, sans rien cacher des contraintes techniques, problèmes nombreux et complexes rencontrés et solutions trouvées dans la conception de ces livres numériques. Côté commercial, les ventes restent réduites, la rare application de lecture fiable et simple étant l'iBookstore d'Apple. Il existe quelques solutions pour lire de l'ePub3 sur des tablettes Android ou dans le navigateur Chrome, mais elles sont encore perfectibles.

En conclusion de ces deux journées, Bill McCoy, directeur de l'IDPF, consortium qui définit la norme ePub3, a plaisamment remis à Denis Mollat le dernier gadget d'Amazon, Echo, un système vocal qui permet de passer ses commandes à la voix sur le site, en lui recommandant de s'adresser directement à Jeff Bezos, son homologue patron de l'entreprise américaine, pour lui dire que c'est mieux dans sa librairie à Bordeaux.

(1) Le Cercle de la librairie est actionnaire d'Electre, qui détient electre.com, Livres Hebdo et les Editions du Cercle de la Librairie.

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