Le marché du livre francophone au Québec termine 2025 sur un recul de -0,5 % en valeur et de -3,7 % en volume, selon le Bilan annuel Gaspard publié par la BTLF (Banque de titres de langue française), qui agrège les données de 489 points de vente représentant environ 55 % du marché imprimé francophone. En valeur absolue, le panel de librairies comparables de Gaspard, composé de plus de 100 points de vente, enregistre 161 millions de dollars canadiens de ventes, contre 161,8 millions en 2024.
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Ce résultat global masque une fracture nette entre deux canaux. Les ventes au détail progressent de +4,6 %, signe d'une demande individuelle toujours aussi soutenue. Mais les ventes aux collectivités (bibliothèques publiques et établissements scolaires) chutent de -7,9 % en valeur et de -9,6 % en volume, après une année 2024 exceptionnellement portée par une mesure incitative du ministère de l'Éducation du Québec (300 dollars par classe pour l'achat de livres québécois). L'effet de cette politique ponctuelle s'est dissipé, et le retour à la normale pèse lourd sur le bilan.
Jeunesse en repli, vie pratique en tête
La catégorie Jeunesse, premier rayon avec 28,2 % de part de marché, enregistre la plus forte perte absolue : −3,1 % en valeur, −6,4 % en volume. Le segment collectivités y recule de -6,8 %. Au détail, la résistance est meilleure (+1,6 %), et la sous-catégorie Loisirs tire son épingle du jeu grâce au retour en force des livres de coloriage (+5,1 %), phénomène incarné par l'autrice québécoise Jade Lachine, présente avec pas moins de huit titres dans le top 200 toutes catégories.
Le rayon pratique marque un certain dynamisme (+7,4 % en valeur), porté par les loisirs et activités créatrices (+50,4 %). La catégorie politique et administration publique enregistre quant à elle la plus forte croissance toutes catégories confondues (+32,6 %), reflet direct du contexte géopolitique 2024-2025 : l'« effet Trump » se lit clairement dans les palmarès. Les sous-catégories histoire et informatique, cette dernière étant portée par les ouvrages sur l’IA, progressent respectivement de +17,3 % et +15,2 %.
L'édition québécoise sous pression
L'édition canadienne (quasi exclusivement québécoise) recule de -3,8 % après une année 2024 à +8,5 %. Elle se retrouve sous la moyenne générale du marché et en retrait par rapport à l'édition étrangère, qui progresse au global de +3,4 %. Ce renversement contraste avec 2024, où l'édition québécoise avait pour la première fois depuis trois ans surpassé l'édition étrangère.
En littérature, sous-catégorie phare, le roman québécois résiste avec +3,7 %, mais le roman historique québécois s'effondre (−34,4 %) et les essais reculent de -37 %. À l'inverse, l'horreur québécoise (+15,5 %) et les mémoires et correspondances (+37,3 %) tirent leur épingle du jeu.
La littérature est la seule grande catégorie à progresser globalement (+3,8 % en valeur), mais cette croissance est portée intégralement par les ventes au détail (+6,1 %) et, en son sein, par l’édition étrangère (lire par ailleurs).
La littérature étrangère reprend son leadership
Prix moyen en hausse structurelle
Autre enseignement du bilan Gaspard, entre 2020 et 2025, le prix moyen du livre vendu en librairie a progressé de +12,6 % côté édition canadienne (de 19,18 $ à 21,59 $) et de +11,6 % côté édition étrangère (de 21,93 $ à 24,47 $). En incluant les données des quelque 500 points de ventes de livres dans la province et en ligne, Gaspard estime le marché du livre en 2025 à 250,21 millions de dollars (soit environ 156 millions d'euros), contre 249,96 millions de dollars en 2024, soit une légère stabilité positive.
Les meilleures ventes 2025 toutes catégories
