Près de 600 personnes se pressent, carnet Rhodia sous le bras, à l’intérieur de l’Institut supérieur du commerce de Paris basé à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), en ce jeudi 23 avril 2026. Ce bataillon, essentiellement composé d'écrivaines en herbe, prend ainsi part à la première édition du Congrès des passionnés d’écriture, organisée par l’organisme de formation The Artist Academy et placée sous le haut-patronnage de l’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt. L’événement affichait complet depuis plus d’une semaine, avec une inscription au prix de base de 169 euros.
« Il existe de nombreux salons du livre mais il manquait un salon de l’écriture à proprement parler. Nous avons voulu combler ce manque », explique Marjorie Leblanc, cofondatrice de The Artist Academy, aux côtés de Sophie de Parseval et d’Evelyne Platnic-Cohen. Elle et ses associées ont donc mis sur pied, en l’espace de trois mois, cette journée composée de tables rondes, de rencontres et d’ateliers, permettant aux auteurs amateurs de rencontrer des plumes reconnues (Pascal Bruckner, Bernard Werber…), des éditeurs et d’autres professionnels du secteur.
Au congrès, un auditoire attentif.- Photo VALENTIN CHOMIENNEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
La responsable évoque « un investissement compris entre 30 000 et 50 000 euros » pour l’organisation de cette première édition, soutenue de façon logistique par le partenariat avec le groupe Clairefontaine Rhodia. « Nous devrions rentrer dans nos frais avec les inscriptions, poursuit Marjorie Leblanc. Mais notre objectif ne consistait pas, avec cet événement, à générer du profit, mais plutôt à continuer de nous faire connaître. » Créée en 2018, The Artist Academy veut affirmer son positionnement dans le secteur de la formation à l’écriture.
« J’aurais adoré bénéficier de ce genre de dispositif lorsque j'étais jeune »
L’écrivain Éric-Emmanuel Schmitt, dont le dernier ouvrage, Juste après dieu, il y a papa, est sorti le 25 février 2026 chez Albin Michel, a accepté de prendre le haut-patronnage de cette première édition « afin de lui donner de la visibilité ». Le célèbre auteur, dont la masterclass a d’ailleurs servi de rampe de lancement à The Artist Academy, explique assez simplement son engagement dans ce processus de formation : « J’aurais adoré bénéficier de ce genre de dispositif lorsque j’étais jeune. Je n’ai rien appris de l’écriture à Normale Sup’… »
Isabelle Chopin- Photo VALENTIN CHOMIENNEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Dans un amphithéâtre bondé et acquis à sa cause, il a ainsi pris part, au début de la matinée, à la conférence de lancement du congrès, organisé d’ailleurs de façon symbolique à la date de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur. « Il existe une sorte d’humilité partagée entre moi, qui suis censé être le maître et vous, les élèves », philosophe-t-il depuis l’estrade. À ses côtés, Isabelle Chopin, la directrice éditoriale des Éditions Hervé Chopin, opine du chef.
« À notre époque, n’importe qui peut publier en autoédition. Je suis venue défendre l’importance de l’éditeur, explique l’intéressée, dont la maison d’édition construit en ce moment un projet avec The Artist Academy. Nous nous posons toujours la grande question de comment trouver de nouveaux auteurs. » À l’issue de cette conférence, un Lyonnais de 50 ans, professionnel médical, lui apporte son manuscrit de près de 200 pages A4 : « C’est l’histoire d’un amour passionnel qui mène au suicide… Mais, en fait, ça n’est que le début du récit. »
Un nouveau cycle à la rentrée 2026
Elsa Lafon, directrice générale de Michel Lafon Publishing, a elle aussi pris part au congrès. « J’ai senti une très forte envie d’écrire parmi les participants, note-t-elle. Mais, comme éditrice, on ne sait pas si on peut absorber toute cette demande d’attention. » La professionnelle a également reçu de nombreuses prises de contact. « L’autoédition peut être un premier chemin, rappelle-t-elle. Nous avons nous-mêmes publié des autrices qui étaient passées par là, comme Aurélie Valognes, Agnès Martin-Lugand et Laure Manel. »
En fin de compte, la première édition de ce congrès forme la pointe de l’iceberg de l’économie du désir d’écrire. The Artist Academy, revendiquant plus de 50 000 membres accompagnés pour 5 000 ouvrages publiés et autopubliés, a profité de cette journée pour mettre en avant, en autres, un nouveau cycle de six ateliers d’écriture, à partir de septembre 2026 à Paris, toujours avec Éric-Emmanuel Schmitt. La structure continue aussi de recruter pour son « académie d’écriture », à partir de 300 euros par mois.
L’événement a aussi fait la part belle à ses différents partenaires. La librairie parisienne Lamartine, en la présence de son dirigeant Jérôme Elmalek, a présenté plus de 500 volumes sur ses rayonnages temporaires. Le logiciel de correction Antidote et la société d’autoédition d’eBooks Kobo Writing Life tenaient un stand pour proposer leurs services aux participants. Selon toute vraisemblance, cette première édition devrait en appeler une deuxième, en 2027.


