Les voyants sont au vert pour le Festival du livre de Paris, dont l’édition 2026 s’est achevée dimanche par l’annonce d’une fréquentation en hausse, établie à 121 000 visiteurs sur trois jours (dont 8 000 scolaires) selon un communiqué de l’organisation. L’an dernier, quelque 114 000 personnes s’étaient déplacées au Grand Palais.
La manifestation, marquée par la visite d’Emmanuel Macron vendredi, s’est déroulée sur fond de tempête médiatique après l’annonce le 14 avril du licenciement d’Olivier Nora de Grasset, qui a entraîné de nombreuses réactions dans le monde du livre tout au long de la semaine.
Mais elle a aussi été le théâtre de nombreuses annonces pour la filière : dès la soirée inaugurale, Catherine Pégard a officialisé une réforme visant à encadrer les codes prix sur les livres, dans un objectif de transparence et de renforcement du prix unique. La ministre de la Culture a ensuite participé à la signature de l’accord entre le pass Culture et le Syndicat national de l’édition destiné à renforcer la place du livre et de la lecture dans les pratiques culturelles des jeunes.
Études et baromètres
Les résultats de plusieurs études ont aussi été dévoilés pendant le Festival, dont celle de l’Edif sur l’édition indépendante en Île-de-France, ainsi que le baromètre Sofia, SNE/SGDL sur les pratiques de lecture en France. Un état des lieux de la rémunération en dédicace des auteurs de BD a été présenté, tandis que deux tables rondes organisées par Filéas ont permis de dresser un premier bilan du service de suivi des ventes de livres initié par l’interprofession.
La manifestation a aussi été l’occasion de rendre publiques les conclusions des États généraux de la lecture jeunesse, dont l’annonce d’un vaste plan décennal avait été faite lors du Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil (voir encadré ci-dessous).
Autre initiative, le SNE a présenté son outil de calcul carbone devant permettre aux éditeurs de mesurer leurs émissions de gaz à effet de serre à l’échelle d’un titre ou de leur production entière.
Les conclusions des États généraux de la lecture jeunesse
Une table ronde organisée par le SNE a été l'occasion de présenter les conclusions des États généraux de la lecture jeunesse. Elle a réuni Géraldine Bannier, membre de la commission des affaires culturelles et éditoriales à l’Assemblée nationale, Bertille de la Broïse, conseillère livre et lecture à la DGESCO, Élise Lacharme, coordinatrice jeunesse du réseau des bibliothèques de Pantin et Antony Soron, enseignant à l’INSPE de Paris.
Trois axes de travail ont été définis : établir un continuum de lecture de l’enfance à l’âge adulte, proposer une alternative aux écrans et intégrer à l’école des temps de lecture en dehors du cadre scolaire. « Il y a une nécessité à revaloriser la lecture à voix haute. Dès le CP, il y a une injonction à lire tout seul, ce qui peut créer une rupture. Or, il ne devrait pas y avoir de concurrence, mais une conformité, entre ces deux modes », a fait valoir Antony Soron.
Élise Lacharme a évoqué la formation des animateurs de centres de loisirs, tout en plaidant pour une plus grande place accordée aux récits contemporains. Elle a également souligné que la transmission de la lecture demeure largement genrée, et a proposé aux acteurs de la promotion du livre de se réapproprier les codes des réseaux sociaux.
La question de la formation des enseignants a également été soulevée : aujourd’hui absent de la formation continue, l’apprentissage de la lecture fait l’objet d’un dispositif national, transmis aux inspecteurs dans une logique descendante. « L’objectif est que les professeurs deviennent des passeurs », a précisé Bertille de la Broïse, qui encourage aussi le développement de la « prescription entre pairs » via des clubs de lecture à l’école. Géraldine Bannier a, de son côté, défendu l’idée de « mettre le livre partout où on ne l’attend pas ».
E.C
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La BD en majesté
Dans les allées du festival, le grand public a, pour sa part, bénéficié de la riche programmation, allant à la rencontre des quelque 1 800 auteurs présents pour plus de 3 000 séances de dédicaces pour lesquelles d’interminables files d’attente se sont formées. Déterminés à rencontrer leur auteur ou leur autrice favori, les visiteurs ont été nombreux à sortir éventail et bouteille d’eau pour affronter la chaleur amplifiée par la verrière du Grand Palais.
La BD était l'invitée d'honneur du Festival du livre de Paris- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Mise à l’honneur cette année, la BD s’est exposée en majesté dans un espace de 400 m2 accueillant deux expositions, l’une sur la thématique du voyage et l’autre sur la romance en bande dessinée, déclinées en 300 planches. Les éditeurs n’étaient pas en reste : près du stand Dupuis, une réplique de la Fiat 509, célèbre voiture de Gaston Lagaffe dont un nouvel album paraîtra cet automne, a suscité la curiosité, tout comme cette bénévole déguisée en Spirou. Les éditions Lumen ont placé une licorne grandeur nature au centre de leur stand. Un peu plus loin, un ballon géant à l’effigie de Cornebidouille flottait au-dessus du stand de l’École des loisirs.
« Le livre est vivant, partout »
Le Festival a aussi exploré les liens entre la littérature et d’autres formes artistiques : la cuisine avec la nocturne culinaire du vendredi soir, mêlant saveurs et récits du monde, le cinéma par la Grande Galerie de l’Adaptation de la Scelf et enfin les arts vivants avec le Cabaret Extra! du Centre Pompidou.
L'attente est parfois longue pour obtenir une dédicace- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Et si la manifestation n’avait pas de pays invité cette année, l’organisation n’en insiste pas moins sur sa forte dimension internationale : 14 pays étaient représentés, dont la Géorgie et Abu Dhabi comme invités spéciaux, ainsi que l’Unesco. Il y aura bien un pays invité en 2027, qui reste à déterminer même si l’on sait qu’il sera européen. En 2028, ce sera le Japon, comme l’a dévoilé le directeur du Festival Pierre-Yves Bérenguer lors de la soirée inaugurale.
« Cette édition, mêlant genres et disciplines, a trouvé son public, se réjouit-il dans le communiqué dressant le bilan de cette édition 2026. Rencontres avec les auteurs, séances de dédicaces, masterclass culinaires, expositions ont permis d’offrir aux participants une expérience diversifiée, montrant combien le livre est vivant, partout. »
Les lauréats des prix remis pendant le Festival du livre de Paris
- Prix du roman Marie-Claire : Madame Bovary, ma mère et moi de Samira El Ayachi (l’Aube)
- Prix littéraire des Lycéens de la Région Île-de-France : Gamba de Sophie Tavert-Macian (Belfond) dans la catégorie roman ; Benilan, Petite grande de Lauriane Chapeau et Violette (Glénat) dans la catégorie BD et Je suis fort dans un domaine qui n’existe pas de Simon Allonneau (Cheyne) dans la catégorie poésie.
- Prix des lectrices et lecteurs des bibliothèques de la Ville de Paris : Des enfants uniques de Gabrielle de Tournemire (Flammarion)
- Prix Gotlib : La physique pour les chats de Tom Gaud (2042)
- Prix SNCF Voyageurs : La Langue des vipères de Juliette Brocal (Rue de Sèvres)
- Prix Franz Hessel : Les Forces de Laura Vazquez (éditions du Sous-sol, 2025), côté français, et Innerstädtischer Tod de Christoph Peters (Luchterhand Literaturverlag, 2024), côté allemand
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