De 2009, il avait alors 19 ans, à 2021, il a publié cinq romans, trois chez Fayard, puis un au Seuil et un chez Robert Laffont, au fil des pérégrinations de son éditrice, Elisabeth Samama, à qui il voulait rester fidèle. Des « livres intimes », dit-il aujourd’hui, dont le premier, Mes illusions donnent sur la cour (Fayard), avait fait beaucoup parler et remporté un vif succès : environ 100 000 exemplaires vendus, une quinzaine de traductions. Un écrivain était né, sous le nom bricolé de Sacha Sperling : « Mon vrai prénom un peu modifié, et le nom de famille de ma marraine ». Fils des cinéastes Alexandre « Grand Pardon » Arcady, et Diane « Diabolo menthe » Kurys, il espérait « faire disparaître le côté "fils de", (se) constituer une cuirasse, un bouclier », afin que ses livres soient jugés pour eux-mêmes. Raté !
Au contraire, le succès fait de lui un phénomène de mode, un client parfait pour les médias. Le rythme s’affole. « J’avais fui le showbiz et je me retrouvais en plein dedans ! », raconte le romancier. Et les livres s’enchaînent, avec des résultats contrastés. Jusqu’à Le fils du pêcheur, programmé à la rentrée littéraire 2021 chez Robert Laffont, qui, en raison d’un bug informatique, n’aurait pas été vraiment diffusé ni travaillé. « Ce fut pour moi une grande douleur. Tout à coup, tout a craqué, je me suis dit : "Tu n’existes plus !" et mon pseudonyme a commencé à me gêner ».
L'écriture comme thérapie
En guise de thérapie, il écrit un autre livre, qu’il n’a pas publié (« Peut-être un jour, je verrai »), et décide de reprendre son vrai prénom ashkénaze, Yacha, et son vrai nom, celui de sa mère, Kurys. Après quoi, il se lance dans l’écriture de Et puis ils sont allés danser, et se cherche un nouvel éditeur, non sans avoir averti son éditrice de départ, à qui il conserve, tient-il à préciser, « toute (son) amitié ». « J’ai envoyé mon manuscrit à plusieurs éditeurs, j’ai reçu des refus, et puis j’ai eu le contact de Karina Hocine, chez Gallimard, puis de Ludovic Escande, qui ont aimé le texte et l’ont fait accepter. Je n’y croyais pas ! » Quant au nom à mettre en haut de la célèbre couverture blanche, on lui laisse le choix. Ce sera Yacha Kurys, mais en assumant les titres signés Sacha Sperling. « Sacha, dit Yacha, 36 ans, c’était moi à 20 ans ! »
L’histoire de Et puis ils sont allés danser est librement inspirée d’un fait divers sanglant, qui a pas mal défrayé la chronique il y a 15 ans. Le 24 décembre 2010, était assassiné chez lui, place Saint-Sulpice, avec une violence barbare, Bernard Mazières, un journaliste en vue, ancien spécialiste de la vie politique au Parisien. Le coupable est vite arrêté, il s’agit d’un jeune marginal, qui ravitaillait en drogues certains enfants de la bourgeoisie du quartier. Et son commanditaire n’était autre que le propre fils de la victime, 17 ans à l’époque, toxicomane, en rupture scolaire, complètement paumé depuis le divorce de ses parents. Les deux complices ont été condamnés en 2013.
« Lorsque j’ai appris cette histoire à l’époque, je m’étais dit, "ça, c’est un sujet pour moi", raconte Yacha Kurys, et je l’avais gardé en tête. Là, l’idée est ressortie ». Le risque était de trop coller à la réalité. La première mouture, d’ailleurs, en était plus proche.
L’écrivain a retravaillé, afin de s’en éloigner. Le résultat est assez bluffant. Et rappelle les meilleurs Sacha Sperling. « C’est sans doute mon livre le plus personnel, dit Yacha Kurys, et le plus incarné ». C’est aussi le plus enraciné dans le VIe arrondissement, parmi toute la littérature contemporaine : « Oui, le VIe, avec ses rues, ses cafés, ses gens, ses apparences et ses secrets, est le quatrième personnage du livre. J’y ai vécu, et il me fascine toujours autant ».
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Yacha Kurys, Et puis ils sont allés danser, Gallimard, 255 p., 20,50 €., mise en vente 15 janvier 2026.
