Été 85. On a beaucoup écrit sur l'adolescence, ce moment de la vie à la fois capital et souvent douloureux, où se construit l'adulte à venir. Il est difficile de renouveler le genre du récit d'initiation, souvent proche de l'autofiction. Julien Viteau, dont c'est ici le premier roman, y parvient toutefois, en inventant une forme originale, mélange de fiction, de journal intime et de dialogue avec deux chiens imaginaires qui représentent la tête et le cœur du héros et narrateur, Julien, 15 ans en 1985.
En soixante-quinze chapitres de deux pages, fragmentés en paragraphes qui sautent d'un sujet à l'autre, Viteau nous donne à entendre, comme sur la bande-son d'un film, la voix de Julien, qui tente de reconstituer quelques mois d'un été exceptionnel. Échappant à sa triste famille en partie dans la dèche (père évaporé, mère dominatrice remariée à un homme vulgaire et brutal, fratrie apeurée) et en partie ultrabourgeoise (grand-père industriel, maire de son village, à cheval sur les principes), il passe l'été 1985 au Touquet, travaillant dans la librairie d'un ami de la famille. Là, il va vivre un certain nombre d'expériences, commencer à fréquenter des hommes et tomber amoureux de Loïc, le beau marchand de glaces et dessinateur, hétéro, qui partira en lui laissant une fausse adresse.
De retour à Paris, Julien jette sa gourme, passant à travers les risques du sida dont est en train de mourir son copain Jacky au Touquet. Tout cela est flouté, raconté d'une façon délicate et sensible, et mélancolique à souhait.
Chiens
Verdier
Tirage: 3 500 ex.
Prix: 18 € ; 160 p.
ISBN: 9782378562793
