Hélène Wadowski : "Les éditeurs chinois recherchent des albums pour une nouvelle génération de lecteurs" | Livres Hebdo

Par Claude Combet, à Shanghai, le 15.11.2015 à 19h52 (mis à jour le 15.11.2015 à 20h00) Foire de Shanghai

Hélène Wadowski : "Les éditeurs chinois recherchent des albums pour une nouvelle génération de lecteurs"

Hélène Wadowski

Invitée avec dix professionnels internationaux à la 3e Foire du livre de jeunesse de Shanghai, la directrice de Flammarion Jeunesse-Père Castor, présidente du groupe jeunesse du SNE, livre ses impressions sur le marché chinois.

Directrice de Flammarion Jeunesse-Père Castor, Hélène Wadowski, présidente du groupe jeunesse du Syndicat national de l'édition, a participé du 13 au 15 novembre à la 3e Foire internationale du livre de jeunesse de Shanghai (CCBF, China Children's Book Fair) en tant qu'invitée de la manifestation dans le cadre de son "fellowship" qui accueillait dix professionnels internationaux.

Livres Hebdo : comment analysez-vous la demande des éditeurs chinois ?  
Hélène Wadowski : Les éditeurs chinois achètent énormément à l'étranger et recherchent avant tout des albums. Le marché des romans, et plus encore celui des romans pour adolescents, n'est pas le nôtre. Même s'ils publient Twilight ou Hungers games, ils sont très attentifs aux thèmes proposés : il ne faut pas de violence, pas de politique, pas de sexe.

Quel a été le meilleur moment de vos échanges avec eux ?
La "match making session" m'a beaucoup amusée. C'était une sorte de "speed dating" pour rencontrer des éditeurs chinois qui avaient 10 minutes pour présenter leur catalogue et leurs livres. J'ai eu quatre rendez-vous avec des maisons que nous n'aurions pas vues spontanément sur le salon.

A travers les trois librairies que vous avez visitées, qu'avez vous appris sur le livre de jeunesse en Chine ?
Nous avons pris conscience des différents réseaux du livre et de la façon dont le public chinois appréhende le livre de jeunesse. Les parents d'aujourd'hui appartiennent à une génération qui n'a eu que des livres scolaires et ne le connaît pas. Aussi des librairies comme Poplar Kid's Republic, uniquement vouée à l'album et au livre pour les 0-9 ans, consacre un étage aux animations, sous la forme d'un club auquel il faut adhérer, proposant des lectures, des rencontres avec des auteurs, des conférences sur ce qu'un enfant peut tirer d'un livre ou comment lui lire un livre (souvent une feuille est insérée dans le livre sur ce sujet). Les librairies de centres commerciaux ou la grande librairie Shanghai Book City (qui a aussi son espace consacré aux animations) proposent davantage de séries, davantage de romans et davantage de références : sur 250 000 références, elle en a 100 000 pour la jeunesse.

Quels ont été vos rapports avec vos collègues du fellowship ?
A travers les invités du fellowhip se dessine la carte de l'édition mondiale. Les anglo-saxons sont très branchés sur le numérique et ne font parfois que ça comme le Britannique Eric Huang et sa maison Made in Me. Tandis que la France, la Finlande, la République tchèque restent attachées à l'édition traditionnelle. Le spectre est aussi large depuis la politique haut de gamme directement dictée par le gouvernement que connaît la néerlandaise Agnès Vogt jusqu'aux difficultés d'un petit marché comme celui de la République tchèque évoqué par notre collègue Ivana Pechadrova, qui a souligné qu'elle avait parfois des tirages à 600 exemplaires.

Qu'est-ce qui vous a le plus surprise lors de cette expérience ?
 Je suis frappée par l'évolution du type d'illustrations, désormais beaucoup plus riche. J'étais venue en 2011 à la Foire du livre de Pékin et, en quatre ans, elles ne sont plus les mêmes. Je suis aussi admirative du professionnalisme des éditeurs chinois. Il sont désormais plus ouverts sur le monde extérieur, parlent anglais. Le marché chinois est en expansion mais la vraie question est de savoir ce qu'il en sera dans 20 ans. Les Chinois sont hyper connectés : achèteront-ils toujours des livres papier ou seront-ils tous numériques ?

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