La polémique aura pris son temps. À la fin du mois d'août se multipliaient les chroniques, réquisitoires ou plaidoyers sur un titre pourtant paru au mois d'avril, Nous, malgré tout, de la primo-romancière et illustratrice LK Imany (Scrineo). La raison : son appartenance revendiquée à la halal romance, un genre dépourvu de scènes explicites, où les relations respectent les valeurs de l'Islam.
Raconter les joies comme les peines
Écoulé à près de 1 800 exemplaires, Nous, malgré tout dépeint la relation d’Amina et Yahya, deux adolescents musulmans confrontés au racisme. Il naît sur le papier après un échange entre LK Imany et Delphine Nguyen, éditrice de Scrineo : « J'adorais son travail et je souhaitais ajouter une nouvelle voix à notre catalogue de romances, détaille-t-elle à Livres Hebdo. Une voix susceptible de toucher la jeunesse. Nous ne voulions pas de romance avec des scènes de sexe, afin de montrer à notre lectorat qu’avant de sauter dans le grand bain, il y a un entredeux. »
L'autrice résume : « Mon intention était de visibiliser ce que vivent les adolescents musulmans à travers la romance, un genre intéressant pour montrer le quotidien et la joie. »
Cet équilibre est au cœur de la halal romance selon Dounia Bendouma, fondatrice de la maison spécialisée Mawadab : « Les lecteurs et lectrices musulmans et racisés sont nombreux à être fatigués de voir leur communauté principalement apparaître dans des récits lourds, souvent liés au passé colonial ou esclavagiste, ou qui font écho à un présent marqué par l’islamophobie et le racisme. Ils et elles ont aussi le droit de rêver, de rire, de se vider la tête avec des histoires d’amour et de découvrir des personnages auxquels ils et elles peuvent s’identifier. » L’éditrice s’apprête à faire paraître son roman "Friends to Lovers" Le ciel entre nous, qui s’inspire de son livre favori, Un jour de David Nicholls (rééd. Pocket, 2020, trad. Karine Guerre).
Un genre aux publics multiples ?
Comme le souligne Bruno Pham des éditions Akata : « Il y a autant de récits que d’individus. » La maison a publié, dans sa collection « Young Novel » la duologie L’Amour de A à Z de S.K. Ali (2022-2024, trad. Thaïs Cesto), sur deux adolescents, dont un en situation de handicap, qui tombent amoureux au Qatar. « Ces ouvrages démontrent que les discriminations systémiques existent sans représenter l’intégralité de la vie des minorités. »
Dounia Bendouma, fondatrice des éditions Mawadab, spécialisées dans la halal romance- Photo ÉDITIONS MAWADABPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Elles entendent aussi montrer que la sexualité existe sans être un passage obligatoire dans le récit. C’est aussi la valeur artistique qu’entrevoit dans ce genre Catarina Scheel, éditrice de Tant que fleuriront les citronniers de Zoulfa Katouh (Nathan Jeunesse) : « La romance est devenue très explicite, et les lecteurs et lectrices n’ont pas toujours envie de ça. Donc, la halal romance peut toucher un public élargi. »
L’appellation halal romance devient alors un moyen de naviguer dans les récits qui ne font qu’abonder aujourd’hui, au même titre que les termes « Dark Romance » ou « Enemies to Lovers ». LK Imany conclut : « La halal romance est une petite étiquette permettant de dire "Vous allez trouver des personnages musulmans pratiquants qui tomberont amoureux en respectant les convenances de leur religion". Dans la romance en général, on annonce souvent les tropes du récit pour que les gens choisissent ce qu'ils aiment. » Ou qu'ils sachent ce qu'ils n'aiment pas.

